Sauvons la Rade de Genève - du côté de la Presse et de l'Edipresse...

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Le commentaire de Patrice Mugny dans Le Courrier du 30 mai 1996 :


Qui sont les réactionnaires?

Il y a belle lurette que Genève n'a plus connu un débat aussi animé que celui en cours à propos de la traversée de la rade. Le lyrisme gagne presque chaque jour en intensité. Certains commentateurs parlent d'un choix de civilisation. Voter pour le pont, par exemple, serait faire œuvre de précurseur Les opposants à un projet d'une telle envergure et d'une telle portée artistique et symbolique ne peuvent donc être que bornés et affreusement réactionnaires.
Le pont est tout à coup porteur d'un espoir, de sens, d'avenir. Gagner quelques minutes en voiture devient un enjeu social fondamental.
A moins d'admettre qu'un certain nombre de ces commentateurs ont choisi une fois de plus d'être des relais soumis ou complaisants de certains intérêts, on ne peut que rire devant une telle indigence mentale.
Que l'on nous comprenne bien. On peut parfaitement opter pour une traversée de la rade et trouver de bons motifs pour justifier ce choix. Mais le débat reste à la mesure de l'enjeu. Il s'agit simplement de savoir si l'on veut offrir un pont supplémentaire aux automobilistes en acceptant sans trop les maîtriser les conséquences urbanistiques et financières qui découleraient de cette option. Ce qui est donc tout sauf un choix révolutionnaire à l'heure où de plus en plus de citoyens comprennent que la qualité de la vie se jauge à d'autres aunes que la croissance, la rapidité, la rentabilité. Qu'il y a des richesses collectives, comme la qualité de l'air et de l'eau, la culture, des espaces démocratiques, des conditions de vie commune, de la tolérance qui sont des biens en grand danger et constituent des valeurs autrement plus considérables pour notre avenir commun que des kilomètres de béton supplémentaires.
Quant à l'argument de la création de travail - en supposant que ce ne soit pas un leurre supplémentaire - il n'est pas inutile de rappeler que le problème économique central n'est pas aujourd'hui celui de la création de richesses mais de la répartition de celles-ci et d'une nouvelle distribution du temps entre activités salariées et non rémunérées.
Qui sont les vrais réactionnaires? Ne serait-ce pas ceux qui sont encore coincés dans les vieux habits de l'automobiliste stressé, convaincus que gesticuler est synonyme d'évoluer et qui se font les chantres d'une soi-disant civilisation déjà irrémédiablement condamnée ?
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La Rade de Genève
La vie alternative

Genève, juin 1996

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