Le but officiel de la construction de la traversée de la rade est la diminution de la circulation sur les quais et sur le pont du Mont-Blanc. Soit !
Or, les péages ont en général un effet très dissuasif. On comprendrait donc parfaitement bien que l’Etat veuille installer un péage sur le pont du Mont-Blanc pour y diminuer la circulation et inciter les automobilistes à emprunter un autre trajet. Mais on a de la peine à comprendre que le gouvernement envisage d’installer un péage sur la traversée de la rade car cette mesure va exactement à fin contraire de l’objectif principal fixé par les initiants. En effet, payer 2 francs pour un seul passage (montant mentionné dans le rapport de majorité du Grand Conseil) constituerait une incitation des plus puissantes à ne pas utiliser la traversée de la rade.
Cet acharnement à vouloir un péage sur la traversée est d’autant plus surprenant que certaines villes françaises viennent justement de racheter des péages pour favoriser l’utilisation des autoroutes de contournement et diminuer ainsi la circulation au centre-ville. Le seul intérêt d’un péage consiste à pouvoir augmenter un peu moins l’impôt-auto. L’installation d’un péage rendrait évidemment difficile tout transfert de circulation et nous n’aurions plus aucune diminution de la circulation sur le pont du Mont-Blanc et dans le centre-ville.
Enfin, l’installation d’un péage soulèverait quelques problèmes urbanistiques et architecturaux. Certes, il est possible d’installer un système électronique pour les usagers réguliers sans qu’on ait besoin de beaucoup de place. En revanche, pour les utilisateurs sans carte électronique, il faudrait prévoir des emplacements adéquats demandant des surfaces très importantes. Etant donné l’exiguïté du terrain disponible tant sur la rive droite que sur la rive gauche, l’installation de tels emplacements ne pourrait avoir lieu que dans les parcs adjacents et constituerait une atteinte supplémentaire et non la moindre à la qualité de vie des habitants des alentours.
Exprimé différemment :
La mise en place du plan «Circulation 2000» d’août 1992 qui concrétise le plan OPair permet, sans la construction de la traversée de la rade, une très importante diminution de la circulation dans l’agglomération urbaine. Selon ce rapport, avec la seule extension du réseau des TPG et sans traversée de la rade, la circulation au centre-ville diminuerait de 51% (contre une diminution de seulement 33% avec la traversée de la rade) ; dans les villes de Genève et Carouge, le trafic diminuerait de 45% (contre une augmentation de 5% dans ces villes avec la traversée de la rade).
Ainsi le développement des transports publics permettrait de diminuer la circulation et les nuisances non seulement dans le centre-ville mais dans toute l’agglomération urbaine. Cette mesure s’avère donc plus efficace que la traversée de la rade. Et un milliard, c’est un peu cher si le seul but est de libérer de la place sur le pont du Mont-Blanc pour les TPG.