Une traversée du plan d'eau. Analyse du coût d'une infrastructure qui ne sert à pas grand chose.

Par Dominique Hausser



Sommaire:

Les coûts

Plutôt qu'un long discours, un petit tableau commenté met clairement en évidence le coût exorbitant d'une réalisation qui ne répond pas ni aux besoins de la grande majorité de la population, ni aux objectifs fixés par les autorités, qui générera des troubles supplémentaires pour tous les habitants qui se trouvent à proximité de la moyenne ceinture et ils sont nombreux.

Estimation des coûts sur la base des informations actuelles sans même simuler les dépassements de crédits presque (pré)visibles
Option 'Tunnel'
Option 'Pont'
Traversée bord à bord selon les estimations actuelles 490'000'000.-CHF430'000'000.-CHF
Tunnel de liaison avec le plateau de Frontenex selon les estimations actuelles 220'000'000.-CHF250'000'000.-CHF
Aménagement des carrefours, des liaisons avec la voirie actuelle et mesures d'accompagnement (coût non estimé officiellement) ??????
Intérêt de la dette pour la traversée bord à bord 311'000'000.-CHF270'000'000.-CHF
Intérêt de la dette pour le tunnel de liaison avec Frontenex 140'000'000.-CHF160'000'000.-CHF
Total 1161'000'000.-CHF + ??? 1110'000'000.-CHF + ???
Coûts de fonctionnement annuel 50'000'000.-CHF 50'000'000.-CHF

  1. Ce sont ces montants qui sont soumis en votation populaire le 9 juin 1996 et qui seraient financé par l'impôt auto, financement extraordinaire non prévu dans le budget ordinaire.
  2. Le Grand Conseil n'a pas encore voté la crédit de construction de la liaison avec le plateau de Frontenex. Il ne le fera (aux dires de la majorité) que si une traversée est acceptée. Le financement serait pris sur le budget d'investissement ordinaire de l'Etat, au détriment d'autres objets qui pourraient être prioritaires, puisque dans son plan quadriennal de redressement des finances, le Conseil d'Etat a limité les investissements à 250 millions de francs par année.
  3. La construction de ces ouvrages imposent divers aménagements de la voirie actuelle en particulier aux points d'accrochage. Si certains objets sont intégrés dans les coûts comme les trémies de sortie et les giratoires directement en relation avec l'accès aux objets, les aménagements routiers que ce soit de la rue de Lausanne ou des quais sur la rive gauche ne sont pas compris.
    Les mesures d'accompagnement dites CRade n'ont pas été chiffrée. Elles comprennent divers aménagements routiers visant à réorganiser la circulation routière. Les chiffres avancés par les spécialistes sont de plusieurs dizaines de millions de francs.
    Le développement des transports publics n'est pas inclus dans les mesures d'accompagnement CRade. La mise en place de TC2005 (développement des transports publics) n'implique pas de traversée du plan d'eau, mais d'une réduction de la demande; ce qui signifie une baisse de la circulation automobile privée de 40% au centre ville, de 25% dans l'agglomération et de 10% pour l'ensemble du canton.
  4. Le financement de la traversée bord à bord devrait être payé par une augmentation de l'impôt automobile de 50% pour le tunnel et de 44% pour le pont pendant 30 ans.
    L'augmentation de l'impôt auto devrait rapporter 26 millions respectivement 23 millions par année.
    Quid d'un péage qui diminuerait d'autant l'augmentation de l'impôt auto ? Pour autant que 30'000 véhicules traversent par jour et en payant 2.-CHF la traversée (par abonnement < 1.­­CHF), le gouvernement annonce un revenu d'environ 10 million par année.
  5. Les payements de l'emprunt et de l'intérêt de la dette sont affectés au budget de fonctionnement ordinaire. L'amortissement se fait sur la base d'un pourcentage de la valeur résiduelle comme cela se pratique pour l'ensemble des emprunts de l'Etat.
  6. Ce total est le coût minimum présumé qui résulterait d'une décision positive de la population. Il est cependant impensable qu'il n'y ait pas de dépassement de crédits y compris sur la traversée des plans d'eau et de la liaison avec le plateau de Frontenex. Aucun ouvrage de génie civil (pont ou tunnel) n'ont pu être réalisé dans le cadre des budgets définis (penser à la traversée sous la Manche, aux NLFA dont le coût augmente avant même qu'on aie donné le premier coup de pioche et terminé les études…).
    Les offres des entreprises générales se basent sur les projets état septembre 1994 avec quelques modifications annoncées par le département des travaux publics et de l'énergie. On peut donc s'attendre à ce que l'ardoise finale soit plutôt équivalente au double ou au triple de ce montant ou même peut-être plus.
  7. On peut estimer le service de la dette entre 30 et 50 millions par année pendant 30 ans.
    Il faut ajouter à cela les frais de fonctionnement et d'entretien des ouvrages. Le principe selon les comptables est de prendre 1% de la valeur de l'objet ce qui donnerait 7 à 8 millions par année et ce pour autant que les budgets ne soient pas dépassés, puisqu'alors l'estimation du service des finances augmenterait d'autant !!!.
    L'estimation des dépenses énergétiques a été faite pour le tunnel sans pour autant la traduire en coûts annuels, mais il semblerait que l'estimation soit déjà engloutie dans les dépenses énergétiques que cela soit pour l'un ou l'autre des objets.
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Le péage: un argument de vente et rien d'autre

Le Conseil national et le Conseil des Etats ont accepté il y a quelques semaines le principe d'un péage suite à une motion présentée par le conseiller national Maître. Celui-ci appuie son argumentation sur la nécessité d'un tel ouvrage pour décharger le centre-ville et répondre aux obligations de l'OPB et de l'OPAir, alors même que les données fournies par le Conseil d'Etat montrent qu'il n'en est rien (pour les détails voir Débats no 44).

Plusieurs questions essentielles se posent. Doit-on faire payer la nouvelle traversée ou la traversée du pont du Mont-Blanc ? Doit-on faire payer l'entrée en ville de Genève, dans l'agglomération ou au centre ville ? Comment instaurer un prix d'utilisation de la voirie (pas celle des déchets !) ? Comment mettre en pratique un péage ? Qui doit payer ?

Le but de ce papier n'est pas de répondre à toutes ces questions de l'opportunité ou non d'un péage et du type de péage qu'il faudrait éventuellement instaurer. Si l'on en reste pragmatiquement à l'établissement d'un péage pour une traversée, comment va t'on réaliser la collecte ?

Chacun d'entre nous connaît des postes de péages sur les autoroutes françaises, de ponts ou de tunnels. Chacun d'entre nous a vécu le passage de postes de douanes en période de migrations vacancières. Ces postes prennent de la place, et même du temps. Or selon les projets actuels on ne voit pas très bien où ce(s) postes pourraient être installés sans empiéter plus largement les rives du lac, les quais. Installer un poste sur les voies d'accès prévues générera automatiquement une attente dissuasive.

Les diverses techniques automatiques très utiles pour des usagers réguliers, ne résolvent pas le péage pour toutes les passages de transit qui utiliseraient cette traversée occasionnellement. Un système d'abonnement ne serait financièrement intéressant que si le nombre d'abonnés est élevé, or on l'a vu les déplacements pendulaires se rendent pour la plupart au centre ville et n'ont par conséquent aucune raison d'emprunter une traversée.

Les chambres nationales préfèrent que ces fous du bout du lac testent un péage avant de pousser plus avant une réflexion et de se lancer sur une idée qui a certainement effleuré plus d'un gouvernement cantonal ou communal. Mais doit-on vraiment se lancer et surtout pourra-t-on se lancer ? A voir les problèmes qui se posent tant sur le principe que sur la faisabilité, j'ai de très fort doutes.

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Le mythe de l'utilisateur payeur

Pourquoi pas payer ce qu'on utilise ? Dans la logique d'économie de marché on tends même à vouloir l'appliquer à tout. Mais…

Monsieur Maître explique qu'un péage serait une application concrète du principe de l'utilisateur payeur. Dans l'exposé des motifs appuyant les projets de loi de la traversée du plan d'eau et du tunnel de liaison, il est dit qu'en finançant la traversée par une augmentation de l'impôt auto, on applique concrètement le principe de l'utilisateur (automobiliste) payeur.

Alors suivons leur raisonnement jusqu'au bout. Les coûts de fonctionnement, d'entretien, du service de la dette seront d'au moins 50 millions de francs par année. Si les estimations de 30'000 véhicules par jour traversant se réalisent, ce qui représente 10'950'000 passages par année soit un coût minimum de traversée de 5.-CHF. Et à ce prix on peut s'attendre à ce qu'un détour soit emprunté plutôt que payer l'équivalent de 4 litres d'essence soit entre 50 et 100 km avec les voitures modernes !

Prenons un des rares pendulaires qui aura intérêt à utiliser cette nouvelle traversée. Cela représente une dépense de 10.-CHF par jour, 50.-CHF par semaine, un peu plus de 200.-CHF par mois et environ 2300.-CHF par année.

La proposition du gouvernement monocolore est de facturer la traversée à 2.-CHF (soit une toute petite moitié de l'estimation minimaliste des coûts de cet ouvrage) et moins de 1.-CHF par abonnement. Donc l'utilisateur n'est plus que partiellement payeur et pour ce prix il peut toujours parcourir 20 à 40 km.

L'automobiliste utilisateur payeur par l'impôt auto. Si le principe d'un impôt auto plus élevé qu'actuellement peut se discuter,. le fait de utiliser ces ressources supplémentaires pour un objet inutile pour les ¾ des travailleurs des entreprises de ce canton démontre que l'appréciation par le gouvernement est pour le moins douteuse. En tous les cas, ce ne sera pas les utilisateurs qui seront payeurs.

Comme de surcroît une bonne partie du financement de cette réalisation sera prise sur les crédits ordinaires d'investissements, au détriment d'autres réalisations prioritaires, c'est finalement le contribuable (25% des ménages genevois n'ont pas de voitures), y compris celui qui se déplace principalement à pied, à vélo ou en transports publics qui payera cette facture de 50'000'000.-CHF par année pendant au moins 30 ans.

Parce qu'est c'est inutile, parce que cela coûte une fortune et que cet somme est nécessaire pour la réalisation de transports publics et pour d'autres réalisations sociales prioritaires, nous devons voter NON et NON.


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