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Les discours champignaciens prononcés lors des cérémonies du Grand Prix | ![]() |
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Année |
Titre |
Auteur |
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1988 |
Le Grand Prix du Maire de Champignac 1988 : une grande cuvée! |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1989 |
un représentant des grands médias de prestige |
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1989 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1990 |
l'Arbitre des Elégances de l'Institut pour la Promotion de la Distinction |
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1990 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1991 |
le Zoïle des Lettres |
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1991 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1992 |
le Zoïle des Lettres |
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1992 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1993 |
le Zoïle des Lettres |
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1993 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1994 |
l'Arbitre des Elégances de l'Institut pour la Promotion de la Distinction |
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1994 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1995 |
un éminent spécialiste suisse romand et européen de la question |
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1995 |
John Henri Benest-Berney, amodiateur |
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1995 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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1996 |
Le fonds Rochat, précurseur du Grand Prix du Maire de Champignac |
le Zoïle des Lettres |
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1996 |
le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac |
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| 1997 | Taxonomie champignacienne | par Arsène Brodequin, endimanché |
| 1997 | Sommes-nous seuls dans l'Univers? | par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac |
Le Grand Prix du Maire de Champignac 1988 : une grande cuvée!
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique,
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias,Je serai bref.
L'art champignacien est un art difficile. Ils sont nombreux ceux qui profèrent des sottises ou des balivernes, mais cela ne suffit pas à faire oeuvre champignacienne. Encore faut-il savoir manier avec aisance et facilité le pléonasme, le coq à l'âne, le charabia, la reprise sans antécédent, la métaphore filandreuse, le galimatias, le verbalisme, l'amphigouri, la logomachie, l'hyperbole stratosphérique, l'anacoluthe imprévisible, le zeugma vicieux, l'allitération tambourinaire, la prosopopée balbutiante, le parallèle à l'infini, voire l'énumération barbante. Et cela n'est pas à la portée du premier bavard venu! Celui qui simplement parle sans réfléchir, comme vous et moi, celui-là n'est pas champignacien, car il lui manque le sens de la relativité des choses, l'humilité, en un mot il lui manque la modestie, la vraie, celle qui ne se remarque pas.Mais parfois, le champignacien est trop modeste. Ainsi un candidat, Paul-René Martin, a protesté de son innocence par voie de presse. La phrase grandiose qu'on lui attribue serait d'un autre que lui. Ce souci l'honore mais nous ne saurions l'admettre puisque c'est une signature prestigieuse d'un grand quotidien de l'avenue de la Gare qui a rédigé le compte-rendu de cette envolée, qui ne fut suivi d'aucun rectificatif. Ou alors il faudrait croire que la presse sape nos édiles...
L'année 1988 a été une grande année pour la pensée champignacienne. Nos sélectionneurs ont retenu, après un tri impitoyable, vingt-quatre prosateurs exceptionnels et deux Carpathes de la rhétorique, malheureusement hors concours parce que français. Cet échantillon se montre représentatif de la puissance du champignacisme local. Toutes les institutions sont infiltrées : l'armée, la justice, les syndicats, les partis, le sport et la Migros. Et si les radicaux vaudois, respect-santé-conservation, se taillent la part du lion, on peut dire que des agents champignacoïdes sont présents partout puisque l'on compte sur nos listes quelques socialistes vaudois, un moscoutaire genevois, le parti des automobiles suisses-allemandes, un skieur agrarien bernois et un trotskyste valaisan. Seul regret, la remarquable performance d'Yvette Jaggi et l'exploit cyclopéen de Marguerite Duras ne suffisent pas à hisser les femmes au niveau de leurs congénères.
Et puis, il y un grand absent. Tout le monde l'aura constaté. Celui dont l'oeuvre récente n'est que champignacisme, celui qui sous différents pseudonymes nous abreuve quotidiennement de sa propre exégèse, je veux parler de notre cher Jacques Chessex, n'est pas parmi les prétendants au titre. Nous avons dû l'exclure des nominables tant sa fougue et sa vigueur eussent écrasé les autres candidats. Nous espérons que le prix Jacques Chessex 1989 qu'il recevra probablement l'an prochain saura compenser l'ostracisme qu'il subit aujourd'hui. Signalons toutefois la publication récente d'une remarquable somme de commentaires sur son oeuvre et sa personne, je veux parler des Actes du premier Symposium abrégé de Chessexologie qui est en vente dans toutes les bonnes librairies.
Comme le disait justement le regretté Pierre Dac : «L'exemple glorieux de ceux qui nous ont précédé dans le passé doit être unanimement suivi par ceux qui continueront dans un proche et lumineux avenir un présent chargé de promesses que glaneront les générations futures délivrées à jamais des nuées obscures qu'auront en pure perte essayé de semer sous leur pas les mauvais bergers que la constance et la foi du peuple rendent vains et illusoires!»
Nous allons remettre aux lauréats leurs prix, deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner dans le plâtre l'élan champignacien.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous donner les résultats du grand prix 1988.
Vive le grand prix 1989![Retour au tableau des discours]
Savoir ne sert à rien si l'on n'est pas foutu de le dire
par un représentant des grands médias de prestige
Amis de la rhétorique, du beau langage et des fortes paroles, votre librairie vous dit bonjour!
Parler ni penser ne sont rien, encore faut-il bien faire savoir qu'on parle ou qu'on pense. Un de mes vieux professeurs le disait très bien : «Savoir ne sert à rien si l'on n'est pas foutu de le dire.» Voilà bien un conseil, convenez-en, marqué au seau du bon sens. Pour ceux que cela intéresse, sachez que le seau du bon sens représente un politicien radical en train de réfléchir au programme politique de son parti pour les prochaines élections.
Pour parvenir à ce résultat -faire savoir ce qu'on l'on sait ou ce que l'on pense- rien de tel que la rhétorique ou encore, comme l'on dit dans nos contrées où on préfère les termes plus bas de plafond, l'ârt ôratoire. Et pour cela, rien de tel, c'est vrai, que d'en revenir à ce qui reste le fondement de ce que nous sommes, ceux sans qui notre civilisation ne saurait même pas où s'asseoir, à défaut de fondement justement. J'ai nommé les classiques. Les classiques qui ne sont, croit-on, que de la poussière. Et il faut de l'obstination et un bon spray pour que la poussière, elle colle al chiffon. Mais cette obstination est récompensée, car sous cette poussière surgit parfois la lumière. Je vais l'allumer à l'instant sur cette oeuvre qui résisterait même à des siècles de poussière : le Mémento de culture littéraire d'André Marthaler.
Et la page 72 de cet ouvrage qu'on ne trouve plus dans les mauvaises librairies -et dans la bonne, comme votre librairie, non plus d'ailleurs- André Marthaler distingue quatre manières de présenter les idées de la façon la plus persuasive : par l'invention, par la disposition, par l'élocution, par l'action. Fastidieuse et pourtant ô combien passionnante serait l'énumération ici de ces figures de style qui sont comme les guirlandes sur le sapin de Noël, ou mieux encore les feuilles de vigne sur le corps nu qu'est notre langage. André Marthaler distingue quatre types de figures rhétoriques. Attention : on se croirait au patinage artistique et c'est presque du Léon Zitrone :
1. Figures de mots : par exemple l'asyndète. «Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée» un ver de Corneille qui est une asyndète. Le «Ça y est, il y est, on y est» d'Edouard Debétaz commentant l'élection de Jean-Pascal Delamuraz est aussi une asyndète, mais nettement plus sanguine et plus vigoureuse.
2. Figures de sens : par exemple la synecdoque, qui est un cas particulier de la métonymie, est fondée sur un simple rapport de plus à moins ou de moins à plus et de ceci à la place de cela. C'est si complexe que même au ralenti vous ne verriez rien.
3. Figures de pensée : par exemple la prétérition. Au lieu de formuler une chose évidente par le contexte, on s'interrompt brusquement en la laissant entendre. Très en usage dans les médias par la formule : «Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant.» Sans transition, je passe à la quatrième figure.
4.- Enfin les figures de passion, qui donnent un climat affectif qui colore l'expression. Il y a encore la subjection où l'on se pose à soi-même une question dans laquelle on glisse la réponse. Exemple : «Poser la question, c'est y répondre» de Charles-André Udry dans chacun de ses meetings.
Bien voilà, j'espère que vous avez pris des notes. Passons maintenant aux choses sérieuses.
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L'année champignacienne 1989
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et messieurs de l'assistance publique,
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias,Je serai bref.
On aurait pu croire jusqu'en septembre que l'année 1989 serait une petite année champignacienne. En effet, à cette date, peu de candidats avaient frappé du pied sur la table du pinacle oratoire romand. Mais, bien heureusement, le Comptoir et la proximité du Grand Prix ont réveillé les consciences aphones et les glottes endormies, et nous avons vu se multiplier les concurrents, sous des prétextes aussi futiles que des élections locales, une votation existentielle ou même la destruction d'un mur, qui de toute façon n'existait pas selon certains. Les fleurs de rhétorique que nous avons cueillies aux vendanges d'octobre et de novembre furent riches, comme on le dit du vrai boutefas de Payerne.
33 candidats, c'est bien. Et parmi ceux-là, quatre candidates, ce qui est une remarquable percée puisqu'elle n'était qu'une en 1988, et deux colonels, ce qui représente une valeur sûre. Les milieux sportifs ont marqué des points avec Daniel Jeandupeux, et cette année encore, la Migros s'impose dans les grandes surfaces. Sur le plan politique, les libéraux avec deux candidats, à égalité avec le Parti du Travail, talonnent les radicaux qui nous ont fourni neuf performances, dont deux du Président de la Confédération Lui-même, un concurrent de première force. On aura remarqué l'entrée en lice des anarchistes, pour la première année, avec une phrase particulièrement dénuée de toute organisation.
Une bonne année donc. Rappelons que la cuvée 1988 poursuit sa maturation et donnons-en quelques nouvelles. Si Adolf Ogi, Champignac d'Or 1988, poursuit une activité secondaire de Conseiller fédéral, c'est avec émotion que nous avons appris que le Champignac d'Argent 1988 avait déployé tous ses effets, puisque, vous le savez tous, Paul-René Martin a décidé d'abdiquer la syndicature et a même menacé de «retourner à la poésie».
Quelques mots encore sur le mystère des voix champignaciennes. En effet, Mesdames et Messieurs, n'est pas champignacien qui veut. Imaginez un instant l'invraisemblable : qu'un ministre de la Justice -je prends à dessein un exemple contraire au bon sens- qu'un ministre de la justice donc proclame haut et fort qu'il ne fera pas appliquer une loi votée par le parlement et même approuvée par le peuple en votation. Impensable, scandaleux, inouï, certes, mais pas champignacien. Pourquoi? Parce que ce qui est champignacien, c'est ce qui vous laisse bouche bée, sans réaction, abasourdi, atone et aphasique, ce qui ne s'explique pas, sinon par une intervention de la Grâce, du Verbe. La preuve, c'est que le plus souvent les auteurs eux-mêmes avouent avoir produit leur oeuvre dans un état second. «C'est pas moi qui l'ai dit.», «les autres sont plus dignes du prix que moi», «c'est le journaliste qui ne sait pas la sténo», «vous n'avez rien compris», voilà une attitude vraiment champignacienne. Une attitude de modestie.
Comment recueillir des vraies champignaqueries? Les mycologues oratoires ont leur bons coins, qu'ils se chuchotent parfois. Mentionnons : la première chaîne de la radio romande le samedi matin à onze heures, le deuxième cahier de 24 Heures, les billets de la Nouvelle Revue de Lausanne du samedi et du Matin du dimanche matin, les interviews des top leaders au niveau des performances dans Construire et les éditoriaux de la Revue militaire suisse. Tous ces lieux mémorables fourmillent de merveilles pour l'amateur éclairé.
Mais la récolte ne suffit pas, il faut ensuite trier : écarter impitoyablement les champignaqueries hallucinogènes, qui écraseraient trop facilement les autres candidats. Par exemple, Jacques Chessex, dont nous avons des raisons de supputer qu'il recevra dans quelques mois le prix Jacques Chessex, est exclu durablement du Grand Prix du maire de Champignac. Il faut aussi détecter et évacuer les champignaqueries vénéneuses, qui pourraient contaminer toute la fricassée : une seule phrase de Marcel Strebel et tout pue, exclu donc. Restent les comestibles...
Nous allons remettre aux lauréats leurs prix, deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner dans le plâtre l'élan champignacien.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole aux enveloppes qui vont nous donner les résultats du grand prix 1989.
Vive le grand prix 1990![Retour au tableau des discours]
Le fardeau subtil de l'honneur d'une statuette
par l'Arbitre des Elégances de l'Institut pour la Promotion de la Distinction
Mesdames, Messieurs,
Champignaciennes, Champignaciens,C'est d'une main tremblante que je prends la parole pour ouvrir, sous vos oreilles écarquillées, le début de l'inauguration du prologue du troisième Grand Prix du Maire de Champignac.
Au contraire de l'opinion courante, ouvertement dissimulée sous couvert de conversations publiques tenues à demi-mots dans certains conclaves quotidiens, la récolte 1990 a été bonne.Et, Champignaciennes, Champignaciens, c'est d'abord à votre zèle appliqué que nous le devons.
Tels nos édiles administrateurs, guidant d'un pied ferme le char de l'Etat sur un océan de difficultés, vous avez su, ignorant les tocsins incendiaires et les trop évidentes chausse-trappes, donner à votre quête le meilleur de vos recherches inquisitoires.
Car c'est sans secrets et sans détours que la Champignacienne et le Champignacien s'engagent chaque jour discrètement sur l'étroite autoroute de la lecture hebdomadaire, qui mène tout droit, par des sinuosités accumulées, à la perle cachée qu'enfin ils découvrent, offerte aux regards sur son lit de papier.
Vous avez su, par votre vote, entendre parmi la brume des candidats ceux qui, d'une manière générale, vous semblaient particulièrement aptes à endosser le fardeau subtil de l'honneur d'une statuette.
Champignaciennes, Champignaciens, je vous en félicite, je nous en remercie et j'espère que vos quêtes futures, dans l'immortel pays de la salée au sucre, sauront rester fructifères.
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L'année champignacienne 1990
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique,
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias,Je serai bref.
Le Champignacisme se porte bien, bien que mieux et mieux que bien.
Nous voulons voir une preuve de son emprise croissante dans le fait que le quotidien 24 Heures, rebaptisé Le Grand Foroum des Vôdois, s'oriente de plus en plus vers le champignacisme total, multipliant pages locales, suppléments photographiques et déclarations d'intention pour mieux s'enfoncer dans le terroir et par là atteindre cette lumière de l'universel que Ramuz avait rencontré ce fameux matin où le soleil n'était pas revenu.
Mais, malgré ces tentatives de la concurrence, c'est tout d'abord dans le Grand Prix du Maire de Champignac qu'est le vrai champignacisme. Chaque année les candidats se font plus nombreux : 24 pionniers en 1988, 33 courageux en 1989, ils sont cette fois 39, numérotés de 1 à 40, pour éviter le numéro 37, bien connu pour ses effets maléfiques.
4 femmes, 32 hommes, un chanoine ont jeté leur message telle une bouteille à la mer dans le désert impitoyable de la compétition oratoire. Dans les candidatures collectives, moins prestigieuses, on note la présence du Cercle libéral lausannois, du secrétariat municipal de La Tour-de-Peilz et de l'association romande des pharmacies. Deux authentiques amateurs, un lecteur de la Gazette de Lausanne et un municipal des Eaux d'un village du Jorat, se sont glissés dans le peloton fermé des professionnels. Deux militaires concouraient officiellement, mais on soupçonne qu'ils étaient plus nombreux, habilement grimés par d'autres casquettes. En vrac citons encore 11 journalistes, trois pasteurs et un religieux. Malgré l'éternel candidat trotskyste, on note encore cette année une écrasante suprématie des radicaux, surtout vaudois, qui raflent 8 nominations.
Cette domination radicale ne laisse pas d'étonner l'observateur objectif. De longues et durables recherches nous permettent d'affirmer qu'elle est le fruit prolifique et généreux d'un très long entraînement. En effet, en 1837 déjà, Henri Druey, qui est au radicalisme vaudois ce qu'Alfred Jarry est à la Pataphysique, disait : «Mais Monsieur Vinet ne serait pas Monsieur Vinet s'il n'était pas Monsieur Vinet.» (BCU, département des manuscrits, cote IS 3441). Etonnez-vous donc qu'avec plus de 150 ans de pratique, les radicaux vaudois dominent si largement!
Ce fut une bonne année champignacienne donc. Rappelons que la cuvée 1988 poursuit sa maturation : Adolf Ogi, Champignac d'Or 1988, poursuit une activité secondaire de Conseiller fédéral. Paul-René Martin, Champignac d'Argent 1988 aurait, selon certaines sources, publié un recueil de poésie. Bernard Nicod, très mérité Champignac d'Argent 1989, s'est définitivement tournée vers l'art consulaire et représente dorénavant toutes les républiques bananières qui lui en font la demande. Et Jean-François Leuba, Champignac d'Or 1989, se retire petit à petit de la politique, ayant enfin compris que son véritable talent se situe dans la philosophie de l'être et du non-être.
L'ampleur croissante du champignacisme va contraindre les jurés à plus de sévérité dans la sélection des citations. Déjà des rumeurs mal-intentionnées circulent, colportant que Jacques Chessex, déclaré une fois pour toute candidat hors classe, aurait concouru au Grand Prix sous divers pseudonymes, dont celui dont il abuse dans 24 Heures.
Nous allons remettre aux lauréats leurs prix, trois diplômes et deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner dans le plâtre l'élan champignacien.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous donner les résultats du grand prix 1990.
Vive l'art oratoire, vive le Champignac, vive le grand prix 1991![Retour au tableau des discours]
La voie de Parménide à Pidoux
par le Zoïle des Lettres
Mesdames, Mademoiselle, Messieurs,
et vous tous, Champignaciennes et Champignaciens par occasion, par vocation ou par doctrine, -salut!Je serai long.
Au seuil du Troisième Millénaire, pour l'observateur impartial qui contemple à ses pieds l'ossuaire désolé des idéologies, tous les présages le proclament, les augures le déclament, les oracles le déclinent, qui convient l'humanité à entonner cette antienne : le Champignacisme sera la métaphysique du Nouvel Âge.
Celui qui s'adresse à vous ne méconnaît certes point la difficulté qu'il y a à soutenir publiquement une telle affirmation. La difficulté gît en ceci que le Champignacisme se dérobe à toute tentative de définition claire et distincte, puisque définir c'est déjà -par définition- limiter ce dont on va parler. Or le Champignacisme, ce reflet émané de l'intarissable et inépuisable fécondité du Verbe, est coextensif au Verbe. Ou encore, pour formuler autrement cette évidence originaire et fondatrice, tout ce qui relève du Verbe, tout ce qui y ressortit ou est susceptible d'être subsumé par lui, tout cela est, potentiellement, champignacien.
Faute de temps hélas, nous ne pouvons entreprendre de retracer ici la voie royale qui, des commencements à nos jours, conduit de Parménide à Philippe Pidoux en passant par Monseigneur Dupanloup, Joseph Staline, Jacques Chessex ou Geneviève Aubry. Qu'il soit marqué seulement avec l'émotion et la solennité de rigueur que ces phares de la saillie jaculatoire à jamais se dressent et nous éclairent.
Aussi bornons-nous à prédire que dans une société comme la nôtre qui a perdu le fil intime du Verbe, le Champignacisme, militant ou spontané, se dévoilera de plus en plus comme la raison latente de notre déraison patente. Qu'on choisisse de parler ou de se taire, on ne saura manquer de se situer relativement à lui. Que ce soit (pour nous porter impavidement aux extrêmes et envisager dès l'abord les expériences-limites), que ce soit dans la réitération, la rumination monocorde, le ressassement sans fin, sans but ni terme du bavard impénitent ou, plus simplement, dans l'abstention ascétique de l'aphasique volontaire, le Champignacisme manifeste sa puissance. Et de même que c'est dans la dénégation, l'absence, la rature que ressort avec le plus d'éclat la transcendance de l'être, ainsi est-ce dans la prétérition, l'omission, le non-dit que point avec le plus d'acuité l'irritante et irrécusable positivité du Champignacisme.
En effet, si le Champignacisme s'affiche volontiers avec massivité et compacité, s'il est également vrai qu'il excelle à s'insinuer partout, à essaimer en tous lieux, à germer dans toutes les têtes, à fleurir dans toutes les bouches, habitant avec une dilection incomparée le fluide, le fluent, le flou, le labile, l'incertain voire l'inarticulé, -bref à se nicher là où on l'attend le moins, s'il emprunte avec aisance les figures les plus éphémères, s'il endosse les déguisement les plus trompeurs et les avatars les plus improbables, s'il constitue pour les plus assidus d'entre nous tout à la fois la prière du matin et l'oraison du soir, s'il est -en un mot- l'étoffe même dont est confectionné le cours ductile de nos existences laborieusement quotidiennes, on peut préférer le reconnaître lorsqu'il se hisse à une telle conscience de soi qu'il n'hésite pas à revêtir des formes plus détournées, plus modestes, plus évanescentes, lorsqu'il se fait en quelque manière le chantre de son propre renoncement et postule sa propre disparition, pour mieux s'effacer devant l'infinie productivité du Verbe, c'est-à-dire en appeler par un silence assourdissant à l'inventivité, toujours recommencée, d'Autrui.
Dans cette perspective, c'est sans barguigner que je place l'austère cérémonie qui va suivre sous le double patronage dialectique de Jérôme Deshusses, qui écrivait intrépidement dans Construire du 4 septembre : «...il n'est pas difficile de ne rien dire, lorsqu'on ne sait rien, à qui ne veut rien savoir» et de Michel Rocard (ne soyons pas chauvins à l'heure où nous avons un pied et une moitié de Conseil fédéral dans l'Europe), lequel déclarait quelques jours plus tôt : «Je ressens le besoin d'écouter, d'écouter notamment ceux que l'on n'entend pas, de favoriser leur expression par mon propre silence».
Mesdames, Mademoiselle, Messieurs, et vous tous, Champignaciennes et Champignaciens par occasion, par vocation ou par doctrine, j'ai été long : il est temps de conclure.
Mais comment conclure, puisque le Champignacisme est aussi universel que le Verbe et qu'il tend asymptotiquement à se confondre avec lui, sinon en vous invitant à participer désormais, en tant que consommateurs ou producteurs, à la grande fête champignacienne? Au festin du Champignacisme il doit y avoir, il y a, il y aura place pour tous!
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L'année champignacienne 1991
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique,
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias,Bref, je serai.
Le Champignacisme se porte bien, bien que mieux et mieux que bien.
Commençons par des nouvelles d'un de nos derniers lauréats, favori parmi les favoris dans nos coeurs. Après avoir été consacré par le Champignac d'Or 1990, le monumental Philippe Pidoux a été saisi de champignacorrhée frénétique, semant à tous vents des perles oratoires inouïes. Il est devenu intarissable, rédigeant à tour de bras, discourant à l'infini, pérorant sur toutes les ondes alors que nous l'avions dûment prévenu que le règlement l'exclut du Grand Prix pour les dix prochaines années. Cela montre bien, soit dit en passant, le caractère gratuit et désintéressé de sa démarche purement littéraire. Néanmoins, pour éviter que la semence verbale du Prince du bon sens ne s'éparpille dans des directions incongrues et demeure stérile, une institution spéciale a été créée, pour promouvoir son rayonnement mondial. Le Centre d'Etude de la Pensée du Président Philippe Pidoux a ainsi eu l'immense honneur de publier cette année u n recueil des énoncés les plus immortels du bienheureux Timonier (Il sort l'opuscule en question de sa pochette). Tel le Popol-Vuh, livre sacré des Mayas-Quichés, cet ouvrage pratique et profond a connu un succès énooorme, malgré le silence absolu et bruyant dont l'a enseveli une certaine presse, dont nul n'ignore plus désormais qu'elle est remplie de gauchistes pour qui le seul plaisir dans la vie est d'amplifier exagérément les bévues mineures de nos autorités, et de taire leurs grandes qualités, notamment dans le domaine de l'éloquence.
Comme chaque année, nous regretterons la maigre représentation parmi les candidats de mesdames les candidates : elles n'étaient que cinq sur quarante-sept, six si on compte la Municipalité du Lieu. Est-ce la modestie qui sied à leur sexe qui est à l'origine de ce qu'il nous faut bien appeler une certaine sous-représentation? Ou bien faut-il voir là un effet secondaire de la grève des femmes du 14 juin? Parmi les grands absents, on notera aussi l'éternel candidat trotskyste et l'association des pharmaciens, en petite forme cette année.
Mais, trêves de petits décomptes mesquins, car une question angoissée se pose à nous? Le champignacisme saura-t-il perdurer? Cet art qui puise aux racines de l'homme et de la vigne saura-t-il résister la mauvaise saison une fois venue ou succombera-t-il? Va-t-il disparaître à l'instar d'autres phénomènes que l'on croyait éternels, comme le vacherin Mont d'Or, l'hypermarché Carrefour, le BBFC et l'Allemagne de l'Est? Cette fleur fragile d'une communication orale plusieurs fois millénaire saura-t-elle résister aux nouvelles technologies de l'information que sont le minitel, le fax-modem, Télé Ciné Romandie et le four à micro-ondes?
Eh bien, Mesdames et Messieurs de l'assistance publique, la réponse est oui, car la modernité est, elle aussi, champignacienne ou, plus exactement, le champignacisme est à ce point polymorphe et imprévisible que lorsqu'on croit le tenir dans ses bras, on le boit : il n'y a pas de discours heureux. Chassez le champignacisme par le dévaloir : il rentre par la boîte aux lettres!
Et je le prouve : ainsi, même si l'imposant 24 heures, dont nul Européen n'ignore plus qu'il s'agit là du Grand Foroum des Vaudois, continue à plastronner en tête des supports de candidatures, plusieurs journaux, dont la nouveauté est le maître mot -je veux ici parler de L'Imbécile de Paris, du Nouveau Quotidien et de la Nouvelle Revue Hebdo- ont réussi une percée spectaculaire, en parvenant dès leur premier numéro à percuter de plein fouet le pinacle de l'aréopage du champignacisme le plus vertigineux. Oui vraiment, de bien belles années sont devant nous.
Nous allons remettre aux lauréats leurs prix, quatre diplômes et deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien dans la fibre de verre et la colle synthétique.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous donner les résultats du grand prix 1991.
Vive le grand prix 1992![Retour au tableau des discours]
Être et Dire sont un
par le Zoïle des Lettres
Amis champignaciens! je ne me soucierai pas d'être long ni d'être bref. Je me soucierai seulement d'être complet. Complet, comme le pain est complet. C'est dire que je serai long.
Aux yeux de quiconque embrasse d'un regard panoptique un lustre de champignacisme triomphant, l'évidence s'impose : les entrailles de ce coin de terre se révèlent d'une inépuisable fécondité. Certes, nous ne doutons pas qu'en d'autres lieux, aux confins clodoaldiens, odessites ou stambouliotes du monde civilisé, le champignacisme aussi ne prospère. Mais le constat prévaut qu'il s'est merveilleusement acclimaté en Romandie. Il y fleurit en toute saison, il y prolifère. Et au risque de paraître outrecuidant, à ce constat préalable j'en ajouterai un second : dans la nombreuse procession des champignaciens romands, les Vaudois se signalent par leur zèle.
Vous souvenant des prétentions affichées de l'idéal champignacien à l'universalité, vous vous étonnez de cette suprématie. Vous en cherchez les raisons. Je vais vous les dire.
L'incontestable primauté vaudoise en matière champignacienne ne peut s'expliquer que par la force mystérieuse qui sourd du parage où nous avons pris racine et qui fait de ce pays le véritable centre métaphysique de l'Univers, comme du lisier vaudois le ferment de toute rhétorique potentielle. C'est dans ce terreau insondable où s'origine notre être qu'il nous faut sans cesse ressourcer notre intempérance garrulante. C'est dans l'impétueux ruisseau qui le traverse qu'il nous incombe, orpailleurs infatigables, de tremper nos tamis afin d'y capter les coruscantes pépites qu'il charrie. Et l'oraison qui va suivre n'aspire à rien d'autre qu'à se faire l'humble commentaire du rayonnant génie vaudois.
Mais qu'il me soit permis, avant d'illustrer par l'exemple l'originalité de leur apport, d'exprimer notre gratitude pérenne à tous ceux-là sans qui nous ne saurions dire le monde, -non plus que nous-mêmes avec nos joies, nos peines, nos chantiers oratoires toujours réouverts, nos balbutiements toujours recommencés. Alors qu'il paraît si naturel au simple profane de proférer des phrases qui tiennent à peu près debout et véhiculent quelque semblant de sens, au prix de combien d'efforts opiniâtres, de veilles studieuses, d'insomnies angoissées se paie par ces hommes et ces femmes la production d'une seule belle sentence amphigourique, frappée au coin d'un solide non-sens et qui emprunte au royaume de l'inintelligible ses inaltérables séductions? C'est à leur contact assidu que nous avons compris sur quels pitoyables artifices s'était fondée jusqu'ici notre rhétorique déficiente.
Sans doute, j'entends déjà ricaner au loin les sceptiques, les adeptes du dénigrement systématique, les chevaliers à la triste figure. Et ceux-là d'ironiser, érigeant en maxime universelle leur propre impuissance verbale. Souvent, insinuent-ils, souvent l'attente est longue et le plaisir bien court. -Eh bien non! Je m'inscris en faux contre cette assertion mensongère! La promesse des fleurs est passée dans les fruits. La moisson, grandie sur ce sol fertile, est abondante. D'autres épis lèveront. Ont-ils seulement songé, les rabat-joie, les trouble-fête, que nos Vaudois, avec leur discrétion coutumière, s'ils pensent tout ce qu'ils disent, ne disent pas tout ce qu'ils pensent?! En vérité, il y a pléthore! et les Vaudois fussent-ils moins retenus, la moisson serait plus riche encore.
Je vais maintenant dresser le catalogue raisonné des nouvelles figures de l'énonciation par lesquelles les Vaudois ont rajeuni et, pour les plus insignes, quasiment révolutionné l'art oratoire universel. Ainsi serai-je amené à distinguer cinq cas de figures remarquables.
Première figure : le dilemme impossible. Telle la célèbre formule si typiquement, si incoerciblement vaudoise : «Ni pour ni contre, bien au contraire.» Tel encore -un classique désormais- le mirifique énoncé qui valut à son auteur le Champignac d'argent 1989 : «Il faut se déterminer entre la peur d'oser et la crainte d'entreprendre.»
Deuxième figure : la régression improbable, spécieuse variante de l'anacoluthe si chère au coeur des stylistes. J'en trouve une saisissante illustration chez la collaboratrice inspirée d'un périodique moins nouveau que naguère quoique toujours aussi quotidien, laquelle, se départant de la modestie qui sied aux personnes du sexe pour tout ce qui touche aux mystères de la paternité, sous-titra son article du samedi 18 juillet 1992 par ces mots : «Jean Gabin a transmis à son fils son amour des chevaux et des courses. Petit garçon, son père venait le chercher à l'école.»
Troisième figure : la métaphore introuvable. On la rencontre portée à son plus haut point d'incandescence dans cet adage personnel qu'avait coutume de colporter l'ex-premier magistrat d'une commune périphérique du chef-lieu de notre canton, -je cite : «Je serai heureux lorsque la moitié du village tutoiera l'autre moitié.» Je décèle également une audacieuse «métaphore introuvable» dans cette expectoration, en date du 10 septembre 1992, du chroniqueur sportif d'une gazette dont l'attention aux choses d'ici-bas se mesure à l'exact empan d'une seule journée : «Toujours est-il que la formidable ambiance qui avait notamment caractérisé le Suisse-Écosse de 1991 [...] répondait cette fois aux abonnés absents.»
Amis champignaciens, les deux figures restantes sont destinées aux connaisseurs. Elles nous font gravir d'ahan le dernier degré de la falaise accore qui mène au champignacisme le plus éthéré.
Quatrième figure donc : la métaphore cumulative, selon le principe de Qui veut trop en dire en dit toujours plus qu'assez. Sa réactualisation récente est due au titulaire d'un dicastère cantonal où le sens de l'équité, un esprit dûment policé et une raideur toute martiale se conjuguent par nature et par destination : «Et on se réveille aujourd'hui, vitupère Démosthène réincarné, empêtré dans un carcan législatif, réglementaire et administratif, dont on mesure les fruits pervers dans le blocage économique que nous connaissons.»
Cinquième figure enfin, la plus pure peut-être parce que la plus intrinsèquement champignaciene : la métaphore auto-destructive, qui se déploie sans ambages dans un processus continu de néantisation instantanée, selon le principe de Qui n'a rien à en dire peut en dire moins que rien. Et c'est ici que je livre à votre dégustation gourmande l'insurpassable envolée du climatologue attitré de l'édition dominicale d'un quotidien populiste, tribunitien, matutinal et auto-proclamé riche en oligo-éléments de la place : «Le Montreux Jazz & World Music Festival n'est plus guère que l'image et l'écho de ce qu'il ne présente pas, c'est-à-dire qu'il n'est plus guère que la rediffusion vendue d'avance du non-événement qu'il s'oblige à devenir, c'est-à-dire qu'il n'est plus qu'une spéculation fondée sur un projet d'absence.»
J'en ai fini avec cette typologie sommaire, forcément sommaire, des prestiges de l'éloquence vaudoise. Et même si les Vaudois ne raflent pas à tout coup les plus hautes distinctions, je soutiens que par les deux critères combinés du nombre et de l'excellence, ils l'emportent sans conteste sur l'aboyeuse cohorte de leurs rivaux coalisés. N'était l'état délabré des finances publiques, je lancerais sans hésiter une pétition en faveur de l'érection d'un monument à l'art oratoire vaudois. Un tel monument réaliserait une synthèse novatrice entre les débordements de la glossolalie la plus débridée et l'austère ascèse d'une mutité tout allusive. Mais quel artiste, sinon l'intrépide statuaire de l'élan champignacien, possède ce don d'érection monumentale?
Frères et soeurs, au moment de communier en Champignac, je vous dois un aveu : j'ai eu une vision. Je me suis vu en pneumatologue du XXIe siècle.
Descendu dans la crypte idéale où reposaient tous nos rhéteurs illustres, je les invoquai par leur nom. Dans cet envers mité de nos décors trompeurs, tandis qu'une atmosphère raréfiée me soufflait au visage son haleine sépulcrale, les signaux dérisoires que je jetais comme une passerelle fragile vers la rive des ombres résonnaient d'un écho vacillant. Es-tu là, Paul-René? Jean-Pascal, es-tu là? Et vous tous, Philippe, Philippe, Jacques, Bernard, Claude, Norbert, Christophe, Jacques, Georges-André et les autres, êtes-vous là? -Eh bien le croiriez-vous : «ils» me répondirent...
En vérité, en vérité je vous le dis : au Jour du Jugement, ils seront tous appelés. Ils se lèveront d'entre les morts pour jacter encore! Et si vous voulez bien partager l'ultime conviction de celui qui s'adresse à vous d'une voix au bord de s'éteindre, ils seront tous élus!
... C'est l'âme rassérénée par cette vision béatifique que je passe maintenant la parole au délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac .
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L'année champignacienne 1992
par le Délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique,
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias,Je m'efforcerai d'être bref, à l'inverse de certains.
Bien sûr, je pourrais comme de coutume, et comme d'aucuns, vous parler des bienheureux, des béats, des canonisés, bref des lauréats des prix passés; vous signifier qu'Adolf Ogi, Champignac d'Or 1988, vient d'arriver à ce qui sera sans doute le sommet de sa carrière champignacienne; vous parler une fois encore de celui qui pérore au fond de nos coeurs, le très grand, l'immense Philippe Pidoux, Champignac d'Or 1990, qui a cette année encore éructé quelques-uns de ces petits cailloux blancs verbaux qui marquent le chemin de son ascension vers l'apothéose, -un seul petit exemple de cette puissance, Mesdames et Messieurs : dans un quelconque article de circonstance, exercice obligé de banalités au sujet de l'Europe, publié dans la Nouvelle Revue Hebdo, que même les radicaux les plus endurcis ne lisent plus, le Grand Précieux des Vaudois ne se donne-t-il pas la peine de placer cette petite merveille : «Je n'appartiens pas au troupeau de brebis sans berger».
Mais, Mesdames et Messieurs de l'assistance publique, en ces temps difficiles de la crise du sens et de la récession du discours, on ne peut ainsi se vautrer lascivement dans l'autosatisfaction et se taper amicalement sur ce ventre qu'entoure mollement la ceinture dorée de la bonne renommée. Non. Il faut savoir se remettre en question. Nous avons le devoir de penser aux miséreux du langage, aux humbles du verbe, aux soutiers de la parole, blafards derrière le masque du charbon orthographique, vêtus d'un seul maillot de corps Calida jaunâtre, qui jettent journellement, telles des bouteilles à la mer, de pleines pelletées de phrases sans queue ni tête dans la chaudière du grand spectacle des jours, faisant ainsi avancer de leur contribution malhabile le grand paquebot de l'esprit du siècle.
Je veux parler des anonymes, des pseudonymes, des bredouillants, des cafouillants, des improvisateurs, des amateurs, candidats chaque année, déçus chaque année. Je veux parler de cette pauvre femme, qui vint, sans doute en personne, déposer dans l'urne placée au centre de la meilleure librairie de Dorigny un bulletin de vote sur lequel était maladroitement griffonné son nom, son petit nom : Suzette, alors que sa candidature n'avait même pas été retenue cette année. Que d'émotion dans ce geste vain, que de folle espérance défiant d'une main vengeresse la superbe arrogance des cimes olympiennes où ronflent paisiblement les Dieux du phrasé, endormis au lait de la satisfaction du devoir accompli et abreuvés du sommeil du juste!
Ayons une pensée pour les exclus du Champignac. Plus particulièrement pour ce pauvre Gilbert, candidat en 1990, mention «bien» en 1991, et qui, je le dis au risque de déclencher des crises d'hystérie parmi son fan-club fidèle mais peu nombreux, n'a pas réussi cette année encore à décrocher la timbale du divin nectar que représentent métaphoriquement nos très belles statuettes. Toutefois, afin de nous épargner scènes de rage et actes de vandalisme, nous pouvons vous annoncer qu'il est d'ores et déjà candidat au grand prix 1993, avec un petit bijou, ciselé dans le vermeil encore rouge de l'écriture à très haute température. Parlant du nouveau catéchisme, Gilbert, notre Gilbert, nous a donné : «Mais le péché le plus mortel reste le meurtre».
C'est cela, Mesdames et Messieurs, qu'il faut admirer, ce courage infini, cette abnégation impénitente qui fait chaque année plonger à nouveau en apnée totale plusieurs dizaines d'innocents, professionnels ou amateurs, prêts à pénétrer au plus profond des flots du sens, l'âme à nu et habillés du seul caleçon de leur probité candide, pour nous rapporter ces huîtres gluantes et glaireuses où nous trouverons peut-être les perles rhétoriques que nous allons honorer dans un instant.
Nous allons remettre aux lauréats leurs prix, trois diplômes et deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien dans la fibre de verre et la colle synthétique.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous communiquer les résultats du grand prix 1992.
Vive le grand prix 1993![Retour au tableau des discours]
Les petits, les obscurs, les sans-grade
par le Zoïle des Lettres
Mesdames, Messieurs, incorruptibles Grands Électeurs du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac, familles parentes et alliées, salut!
Il n'est rien d'immarcescible en ce monde. La vie n'est pas un lit de roses. D'ailleurs, même les plus belles roses se fanent. Et les fanes ont quelquefois un goût amer. Bien que l'ambiance jubilatoire de la cérémonie qui nous réunit appelle sur nos têtes l'esprit de la fête et de la célébration, c'est à un retour sur nous-mêmes comme à un acte de contrition que je nous exhorte.
Je serai grave.
Dieu, dit-on, aime les gros bataillons. Or nous, qui nous flattons de ne pas céder à l'adulation des assis, des installés, des repus, nous qui nous targuons, à l'inverse d'une certaine presse stipendiée, de nous refuser à tailler la plume des puissants, nous si prompts à glorifier l'inlassable labeur des anonymes trousseurs d'images, des obscurs fourreurs de phrases, de toutes ces inusables petites mains qui s'activent sur la chaîne de la confection champignacienne, nous qui claironnons partout que les derniers en Champignac sont les premiers dans nos coeurs et que le moins prestigieux n'est pas le moins méritant, qu'avons-nous fait d'autre que de nous laisser éblouir par les ors, les pourpres, les lambris, que de disperser nos suffrages sur les favorisés de la fortune, que d'emboucher avidement les trompettes de la renommée, puisqu'en cinq ans de collation de titres, de palmes, de diplômes, nous avons épinglé à notre palmarès deux conseillers fédéraux, trois conseillers d'État, un syndic, un chanoine, ainsi qu'un quarteron plus ou moins représentatif de scribouilleurs du cru.
Fatale inconséquence!
Fatale inconséquence, car cette infidélité avérée, réitérée, récidivante à nos principes les plus ostentatoirement affichés finira par détourner des joutes oratoires l'humble litanie des simples, des petits, des sans-grade, l'aile toujours marchante et toujours défaite des participants malchanceux, de ceux que ne soutient aucune de ces instances de légitimation champignacienne que sont l'exercice d'un magistère politique, d'une prébende ecclésiastique ou militaire.
Parmi ces vocations que nous sommes coupables d'avoir découragées, il en est une, Mesdames et Messieurs, que je voudrais élire entre toutes tant elle les résume toutes, tant elle en constitue pour ainsi dire la vivante incarnation. J'ai nommé... Jérôme Deshusses, le plus opiniâtré et le plus mal récompensé, sans doute, de tous nos candidats, lui qui s'est obstiné, avec une louable constance, à concourir par tous les temps, en toute saison, en vue de la conquête des lauriers suprêmes, sans jamais décrocher de distinction plus honorifique que quelques voix éparses, clandestines, presque honteuses. En dissuadant celui-là, Mesdames et Messieurs, nous avons dissuadé un pur. Et privés de Jérôme Deshusses, nous déambulons sans but, comme vont errant par les rues grises les coeurs solitaires, à cette heure équivoque entre chienne et louve au déclin du jour hâve, où les ombres portées sur les murs des passants qui s'attardent &emdash; s'allongent, démesurément.
Car si le silence qui suivait une péroraison de Jérôme Deshusses appartenait à Jérôme Deshusses, le silence qui succède à ce silence n'est plus le silence de personne. Il n'est qu'un néant de parole, une citerne aux flancs creux, une corne de brume qui s'exténue, une conque muette à jamais!
Ô Jérôme, sur quelle butte taiseuse, sur quel tertre taciturne, sur quel aventin tumulaire vous êtes-vous exilé, dans un altier retirement, pour notre malheur et notre déréliction? Et cette invocation à l'absent que je tente par-delà les cimes dût-elle vous atteindre, les accents de l'affliction qui me hisse jusqu'aux sommets de l'éloquence sacrée dussent-ils vous toucher, je vous le psalmodie, Jérôme : revenez au milieu du cercle de vos disciples. Redonnez aux fervents, aux ardents, aux affamés que nous sommes l'aliment qui n'a cessé de les stimuler, et sans lequel la bestiale continuation de cette ladre existence spirituelle leur semblerait fade.
Certes, nous sommes fautifs d'avoir ignoré les signaux que vous nous adressiez. Vous l'impétueux varappeur de la métaphore abrupte, l'impavide cascadeur de la mise en abîme permanente, le guide hasardé seul sur l'arête effilée de l'indicible. Nous sommes fautifs! L'aveu de la faute, cependant, n'étouffera pas en nous le désir de louange.
Mais avant de vous rendre hommage, Jérôme Deshusses, je tiens à faire taire les clabauderies de quelques quérulents, toujours les mêmes, acharnés à nous intenter de faux procès qu'inspire la seule malveillance. Ah ça! qu'on n'aille pas imputer au Grand Jury je ne sais quelle répugnance envers la Maçonnerie qu'aurait avivée votre prescription, Jérôme, des us les plus ésotériques. Ainsi de ce rituel initiatique de la Toussaint quatre-vingt-neuf qui recommandait de se munir d'une faucille et d'un marteau pour taper sur ceux qui sont déjà fauchés, puis d'y substituer un mur pour édifier un avenir de béton. Chaque homme à nos yeux, Jérôme Deshusses, conserve le droit inaliénable de choisir les rites sacrés qui gouvernent sa vie et jamais nous ne viendrions vous quereller là-dessus. Au contraire, si nous nous sentons coupables d'un manquement à votre égard, c'est plutôt de n'avoir pas prêté l'oreille à ce que vous nous donniez si impérieusement à entendre.
Car enfin, souvenons-nous! Lorsque vous écrivîtes : «Penser sans imaginer est impossible, mais la pensée est loin, ici, d'être le but, si tant est que ce but ne soit pas une fin, et que cette fin ne soit pas la nôtre», n'énonciez-vous pas à notre place, et mieux que nous ne saurions le faire, ce qui forme le fond ultime de la démarche champignacienne? De même vous nous montriez le chemin, quand vous posâtes ces deux idées entre lesquelles, affirmiez-vous, vous ne teniez pas à choisir et «qui sont, en gros, l'éternité et la perpétuité.» Mais accéder à l'apothéose de l'éternité par l'ascèse de la perpétuité, n'est-ce pas là l'essence même de l'assomption champignacienne?
Hélas, nous dédaignâmes vos objurgations. Non que nous demeurassions insensibles à votre tourment. Ainsi, lorsque vous confessâtes votre désarroi en ces termes : «J'ai beau chercher, je ne trouve rien qui puisse empêcher une classe sociale de se proclamer culture pour rester culture sociale de classe», je puis vous certifier, Jérôme Deshusses, que la Commission Culturelle du Grand Jury s'est longuement penchée sur la question... et qu'elle n'a rien trouvé!
Oui, Mesdames et Messieurs, nous avons péché par suffisance, par courte vue, pis encore : par distraction. Nourrir d'inutiles regrets semble une pratique bien vaine, et les choses qui n'ont jamais été, quelle raison auraient-elles d'avoir jamais été? Toutefois, qu'on me permette ici l'expression d'une douleur sincère.
Ô Jérôme, que n'avons-nous su interpréter vos appels, au moment même qu'ils se multipliaient! En quatre-vingt-onze déjà, sous l'empire d'une juste colère : «Il n'est pas difficile, rugissiez-vous, de ne rien dire, lorsqu'on ne sait rien, à qui ne veut rien savoir.» Ailleurs, vous aviez pris soin de nous avertir, sombrement prophétique : «Qui vocifère doit toujours avoir beaucoup de silence à couvrir.» Mais c'est le vingt-six mai, jour de saint Philippe l'Oratorien, que votre voix trouva la force de nous jeter tout à cru son dépit à la face : «Le mutisme dit donc la vérité, surtout quand il ne parlerait qu'à des sourds.»
Mesdames, Messieurs, c'est beau comme de l'antique! Méditons un instant -je vous prie- cet élan du champignacisme dans sa version stoïcienne : «Le mutisme dit donc la vérité, surtout quand il ne parlerait qu'à des sourds.»
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L'année champignacienne 1993
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique,
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias,Après l'infiniment petit, nous allons retourner le stéthoscope et diriger nos yeux en éveil vers l'immensément grand. Empoignons, Mesdames et Messieurs, avec une fermeté qui n'exclut pas le tremblement du respect, le gros bout de la lorgnette pour distinguer les formes avenantes d'un phénomène galactique : le rayonnement cosmique de la pensée champignacienne.
Pour la première fois, nous sommes parvenus à le mesurer. En effet, Mesdames et Messieurs, malgré les efforts répétés de la secte néo-libérale qui s'est emparée de la régie fédérale des postes et télécommunications, beaucoup de vos votes ont pu nous parvenir par la voie postale. Sans doute jaloux de n'être point nominé cette année encore, Jean-Noël Rey s'acharne à détruire par tous les moyens les liens qui unissaient autrefois nos provinces, fait se refermer des cols que les pionniers des temps modernes avaient ouverts à la sueur de leurs mulets, s'apprête à exterminer dans ce pays la presse d'opinion à parution bimestrielle, et en plus vient de changer le numéro de ma carte Postomat. Néanmoins, vous avez été légion à lire, choisir et élire au plus profond de vos coeurs le hérauts qui clameront à la face de la Direction générale des PTT que le Verbe existe et qu'Il est Tout-Puissant, quoi qu'en remâchent ceux qui, faute de lui arriver à la cheville, sentiront bientôt le poids de son talon.
Que nous disent vos lettres, Champignaciens et Champignaciennes? Bien qu'anonymes, comme il sied à la modestie du vrai bon goût, elles parlent pour vous. Grâce aux sceaux apposés sur les chefs d'oeuvre d'art néo-pompier que nous produit la philatélie helvétique actuelle, dirigée par une bande de barbares esthétoclastes, grâce à ces sceaux donc, nous avons pu déterminer la provenance de vos missives. Voici, Mesdames et Messieurs, le schéma simplifié du rayonnement cosmique de la pensée champignacienne. (Il dévoile une carte.)
Une fois de plus, la magie de la parole a produit du sens : nous savons maintenant par vos votes que l'Univers a un centre, la Romandie. De plus, coincidence étrange, tous nos concurrents proviennent cette année de ces mêmes parages. Ce terroir est véritablement un trou noir de la pensée, intense agrégat de sens et de forme, ahurissant concentré de non-sens et de méforme. Et même, il est en son centre un noyau : le nombril du milieu du Monde est ici même, Mesdames et Messieurs, entre les Alpes, le Jura et la piscine thermonucléaire d'Yverdon-les-Bains.
1993 fut l'année du Vaudois de l'Espace et du Vaudois du Néant.
Le Vaudois de l'Espace, c'est Claude Nicollier qui alla avec sa petite peau de chamois, enfllée sur son long organe télescopique, nettoyer les lentilles du périscope des étoiles. Comme l'a si justement dit le Président Duvoisin, démissionnaire du Conseil d'Etat pour mieux remplir sa tâche champignacienne : «Un canton qui a envoyé Claude Nicollier dans l'espace doit pouvoir rebondir économiquement.»
Le Vaudois du Néant, c'est Hubert Reymond, qui avec sa petite peau de chagrin est parvenu à vendre sa banque pour un plat de lentilles. Candidat au Grand Prix en octobre avec «Notre conviction de Vaudois nous fera dire oui à la TVA à 6,2%» Il réitérait début décembre par : «Certains dossiers relevaient d'autres personnes, je ne me suis jamais passionné pour les crédits, je n'avais pas non plus les connaissances pour cela.» Et depuis le silence. Victime d'une odieuse campagne d'un journal concurrent dont le titre commence par «2» et finit par «s», harcelé par des hyènes dactylographes et des chacals du traitement de texte, Hubert se tait, avec la dignité qui convient au Vaudois du Néant. Nous regrettons son mutisme, souhaitant ardemment qu'il ne soit que passager.
1994 sera peut-être un grand moment pour les amis des Lettres que vous êtes, puisque l'Association romande de Chessexologie nous promet la candidature de qui vous savez au prix Nobel de littérature. Mais 1993 restera dans les coeurs comme l'année champignacienne par excellence, puisque pour la première fois, un élu a accédé à la magistrature suprême. Il n'a pas déçu. Adolf Ogi, Champignac d'Or 1988, a été président de la Confédération pour 1993. Ecoutons-le, Mesdames et Messieurs, en essayant de retrouver mentalement le délicat phrasé de ce qu'on appelle maintenant le français de Kanderstègue, dialecte que la francophonie entière a pu découvrir avec effarement au sommet de l'île Maurice. Je vais conclure avec quelques extraits de l'allocution prononcée par Adolf Ogi à l'occasion de la Visite d'Etat de Sa Majesté la reine Beatrix et de Son Altesse Royale le Prince Claus des Pays-Bas en Suisse, en la Salle des Pas Perdus, le mercredi 3 novembre 1993. Recueillez-vous.
«Majesté, Altesse royale, Votre pays est situé au bord de la mer. (...) Chez nous, ce sont les montagnes qui dominent, les montagnes avec leurs rochers, leurs neiges, leurs torrents et leurs vallées. Vous avez des patineurs par milliers, le long des canaux gelés, nous avons des skieurs qui dévalent des pentes vertigineuses. (...) La mer, les cours d'eau chez vous, les cols alpins en Suisse ont toujours été, et resteront des voies de communications incontournables, les voies qui permettent les contacts entre les hommes, entre les peuples. Les explorateurs hollandais ont parcouru toutes les mers du globe, ils ont ouvert la voie aux marins modernes. Nos ancêtres ont percé les premiers tunnels et nos contemporains suivent leurs traces. (...) C'est pourquoi la Suisse, fidèle à sa vocation de lien entre le Nord et le Sud, veut favoriser le passage à travers les Alpes. Autant que le Rhin, ce passage alpin est indispensable aux communications en Europe. C'est notre contribution concrète à l'union de l'Europe dont nous occupons le coeur.»
Nous allons remettre aux lauréats leurs prix, trois diplômes et deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien dans la fibre de verre et la colle synthétique.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous communiquer les résultats du grand prix 1993.
Vive le grand prix 1994![Retour au tableau des discours]
Matin du Champignacien
par l'Arbitre des Elégances de l'Institut pour la Promotion de la Distinction
L'aurore, Mesdames, aux doigts de fée, Messieurs, arrache les voiles de la nuit.
Le champignacien, pour sa part, s'arrache aux bras de Morphée, et de son lit double à matelas multispire et à lattes polyflexes, fabriqué en Europe sous licence est-timoraise.
La couenne bientôt raclée, le prêtre du logos trône devant l'obscur breuvage aux arômes exotiques, qui lui permettra d'aborder d'une conscience plus assurée le train de sa journée.
Train accéléré des paroles buissonnières, qui suivent les implacables rails convergents du fleuve rectiligne de la vie, dont les méandres innombrables ne sauraient pourtant le détourner du droit chemin de la recherche d'un soi-même qu'il sait avoir déjà trouvé.
Car le desservant de la parole se doit d'empoigner d'un regard clair, mais quotidien, son immémoriale tâche séculaire, entamée il y a sept ans déjà...
S'il venait à faillir, ne verrait-il pas bientôt un front toujours plus large réclamer sa tête?
Tête dont le coeur doit rester fidèle à l'ouvrage, car le flot enflammé, l'avalanche montante de la rhétorique verbicole doit être observée d'un doigt lucide, insensible aux petits panaris purulents de l'inattention momentanée, et fier de l'oeuvre qu'il s'apprête à démasquer au grand jour pour la fixer d'une plume amoureuse dans l'airain immuable de son organe frémissant, organe dont les membres ne cessent d'ailleurs de grandir, grâce à vos abonnements toujours renouvelés.
Car le vent de l'esprit gonfle les voiles du vélo de la production champignacienne, qui ne craint pas les mers démontées et son pilote tient de pied ferme les rênes de l'accélérateur qui lui permettront d'accéder aux riantes vallées au sommet desquelles s'épanouissent les fleurs langagières.
Enfin parvenu à ce port paisible, où bouillonne l'orale parole et le verbe audacieux, le champignacien, Mesdames et Messieurs, se sent chez lui.
Lançant ses filets avec le geste auguste du semeur, il espère une cueillette fertile en rebondissements oratoires, une chasse qui ramène abondamment ces sot-l'y-laisse discursifs, trop souvent négligés par le lecteur inattentif de la radio romande ou l'auditeur distrait de la presse locale, mais européenne.
Et il prend pied là où les règles de la grammaires et la logique du discours n'ont jamais mis la main; un pays extraordinaire où ceux qui sont malades du coeur ont aussi le plus de risques de mourir d'une crise cardiaque; où la seule chose qu'on sait, dans les périodes de mutation, c'est que ça va changer; où l'éclat de la parole radicale illumine les zones d'ombre du silence -qui donnera ainsi de jolis reflets dorés; où l'on se fourvoie dans les enseignants où les barbus islamistes rasent les murs; où la conversation de la nature côtoie la conservation de la faune; et où les patinoires sont ouvertes toute la journée, mais fermées l'après-midi, pour favoriser l'usage de la glace en soirée...
Repu, l'âme enfin rassasiée, l'oeil clair sous le sourcil charbonneux, le champignacien peut alors entamer la suite de sa journée d'une dent aiguisée, propre à la méditation et à la digestion paisible des fruits du langage, jusqu'à ce que demain, une fois encore, l'Aurore, Mesdames, aux doigts de fée, Messieurs, arrache le voile de la nuit...
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L'année champignacienne 1994
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique;
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias;
Monsieur le Préfet;
Madame la Directrice des Ecoles;
Mon Colonel;
Madame le Syndic;
Monsieur la Syndique;
Monsieur le Chef du service des gaz à la direction des Services Industriels;
Monsieur le correspondant du Courrier de Genève, représentant ici à la fois le nonce apostolique et le Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale;
Monsieur le Conseiller personnel du Chef du contentieux au secteur des paiements en retard du service des crèches et garderies du quartier de Sous-Gare mais pas trop;
Monsieur le directeur des caves d'emmental de Kaltbach, canton de Lucerne, où dorment 5900 meules entreposées sur un kilomètre de long dans les allées d'une cave jouissant d'une bienfaisante fraîcheur et d'une hygrométrie de 95%;
Monsieur Francis Thévoz, ancien membre du Parti ouvrier populaire, exclu du Parti radical, démissionnaire du Parti socialiste, candidat à l'examen d'entrée de la première année de stage à l'Alliance des Indépendants;
Le Président Philippe Pidoux, dont la pensée positive illumine nos coeurs, et qui s'est excusé, car il est à cheval ce matin;
Madame la Conseillère pédagogique d'Economie familiale auprès du Département de l'Instruction Publique et des Cultes, en outre responsable de la commission d'évaluation des rations de survie dans la Fonction publique;
Monsieur Miguel Stucki, Timonier perpétuel du Comité Action Cinéma, qui combat depuis vingt-cinq ans avec constance et pugnacité pour abaisser le prix des places de cinéma;
Monsieur Bossard et Madame Consultant, escrocs internationaux, suspectés de vouloir dépouiller 7 vieillards séniles au détriment des nombreux membres de la famille, souvent dans le besoin;
Madame la Rédactrice en Chef du Téléjournal de Proximité de l'Aérodrome, récemment inauguré par la télévision locale du quartier de la Blécherette, avec les Boveresses, mais sans Bois-Gentil, qui dépend du satellite géostationnaire de Bellevaux;
Monsieur le titulaire du Prix d'Honneur du village de Ropraz, ainsi que de la médaille d'or du concours agricole 1994;
Sa Sainteté le bébé de Lydia Gabor, sur les ondes de la radio romande, matin et soir, avec six biberons;
Mademoiselle la Présidente de l'Association pour la réintroduction du bouc laineux dans les vallées valaisannes;
Son excellence le courageux feu correcteur du NQ, ici représenté par son neveu;
Madame la présidente du club Tupperware du quartier du Maupas;
Messieurs Jacques, Martin, Hubert et Raymond, tous quatre, et encore pour quelque temps, députés vaudois au Conseil des Etats, sans états d'âme il faut le souligner;
Monsieur le Chef de l'organisme local de Protection civile de Kaltbach, canton de Lucerne, où dorment 5900 lits de bois cloué entreposés sur un kilomètre de long dans les allées d'une cave jouissant d'une bienfaisante fraîcheur et d'une hygrométrie de 95%;
Je vous remercie de votre attention.
Nous allons maintenant remettre aux lauréats leurs prix, trois diplômes et deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien dans la fibre de verre et la colle synthétique.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous communiquer les résultats du grand prix 1994.
Vive le grand prix 1995![Retour au tableau des discours]
Problèmes de l'emmental aujourd'hui
Causerie culturelle
par un éminent spécialiste suisse romand et européen de la question
Je me présente : Marc-Henri Ravussin, ingénieur agronome, chef de la division fromages à trous à l'Office fédéral de la subsistance, collaborateur scientifique et professeur honoraire à l'Institut agronomique de Liebefeld, case postale, 3084 Berne.
Comme le disait récemment à Beaulieu un de mes amis candidat radical à la candidature aux chambres fédérales, je serai bref, même si la matière dont il est l'objet est rudement compliquée.
Mais avant toute chose, permettez-moi de répondre à la question qui est dans votre coupe et pas loin de vos lèvres : «Qu'est-ce qu'un Ravussin, fils de Ravussin, enfant de Peney-le-Jorat et de sa mère qui, elle, était d'Oron-le-Chatel, est allé foutre à Berne?» Il y aurait beaucoup de choses à dire. Mais je m'en tiendrai à cette réponse : passque.
Passque ça. (L'orateur montre à la foule un morceau de fromage emballé sous vide.) Ça, c'est donc un morceau d'emmental. L'emmental est donc un fromage que de vaillants Helvètes inventèrent par un de ces hasards qui n'en sont pas et prouvent à certains esprits chagrins et négatifs qui noircissent sans cesse le tableau que si la campagne manque de bras, elle n'a jamais manqué de têtes. Enfin, là je m'égare dans la politique, ce que m'interdit mon statut de fonctionnaire fédéral, comme vous le savez.
Pourquoi un morceau d'emmental? Il me semble nécessaire de répondre à cette question, sachant que le nombre des Vaudois et des Romands qui se rendent volontairement en Suisse allemande est de plus en plus rare. Sachant aussi que les cours de géographie dépensés dans l'actuelle école vaudoise en mutation ne dressent plus, hélas, la liste des lieux qui comptent dans le pays. Je veux parler de ces chapelets de noms : Pully-Lutry-Cully, Emmental-Simmental-Fricktal-Zurich Paradeplatz. Emmental veut donc bien dire quelque chose : Emmen pour Emmen et Tal pour vallée. C'est donc Emmenvallée. Un endroit pas loin de Berne, joli comme tout et où j'étais allé à l'époque avec la société de développement. Ça a beau être fiéché et indiqué, je m'égare.
L'emmental, donc. J'ai dit que je serais direct. Je tiens mes promesses. Deux chiffres éloquents : 15'000 tonnes et 17 francs 40. 15'000 tonnes, c'est, vous le savez, la presse s'en étant fait un écho complaisant, la quantité d'emmental actuellement stockée dans les caves fédérales. Pour nous en débarrasser, on a tout essayé : actions spéciales, marches militaires forcées suivies de café complet, banquets radicaux, démocrate-chrétiens et Union démocratique du centre et même Parti socialiste. On avait été jusqu'à songer à l'exporter comme matériel de guerre avec un «cadeau en plus», comme on dit à Studio Coop : pour 20 tonnes d'emmental, un Pilatus en prime.
On en était là. Lorsque nous avons découvert ceci, Mesdames et Messieurs : ces 15'000 tonnes cachent un authentique mystère que je suis aujourd'hui en mesure de vous dévoiler ici même. Il est là. Ou plutôt ils sont là : le mystère, ce sont les trous. Car au terme de calculs sérieux, mathématiques et fédéraux, on peut dire que 7,8 % de la matière d'une meule ordinaire est constituée de trous. Alors suivez-moi bien : 7.8 % de 15'000 font 1'170 tonnes soit 1 million 170'000 kilos. De vide, de vide absolu et total. Là, je vous avoue qu'à Liebefeld, nous nous sommes arrêtés un bon moment, stupéfaits. Fallait-il garder ce secret, révéler à nos compatriotes qu'ils achètent autant de vide que ça. C'était abyssal, vertigineux. Nous avons alors formé une commission d'experts. Le devoir de réserve n'empêchera pas le fonctionnaire que je suis de jouer le jeu des médias et de dire qui y figurait : Jacques Chessex, poète officiel et lauréat, comme chacun sait, du prix Jacques Chessex, connu surtout pour ses nombreuses expéditions dans le vide post-éthylique. Bref, un maître. Car parfois, le scientifique doit savoir poser l'éprouvette et regarder au fond du flacon, comme dit Monsieur Jacques. On ne pouvait pas faire moins.
Au terme de plusieurs séances, je vous livre donc les conclusions de la commission : ces trous contiennent de l'air et de l'être. A 17 francs 40 le kilo, on peut donc dire que la Suisse a aujourd'hui dans ses caves 20'358'000 francs tout rond d'air et d'être. Soumis au chef du département de l'économie publique, Jean-Pascal Delamuraz, ce résultat a suscité de sa part la réaction suivante : «C'est à des choses comme ça qu'on voit que ce pays ne manque pas de souffle et qu'il n'a pas perdu son âme».
Face à cela, quoi dire de plus? Rien. Le modeste fonctionnaire que je suis se tait donc et vous invite à méditer.
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Courteline et Internet
Brève allocution présentée lors de la remise du Grand Prix du Champignac du 16 décembre 1995 par Monsieur John Henri Benest-Berney, amodiateur, membre de l'Observatoire permanent du Champignacisme
Mesdames et Messieurs, hypocrites auditeurs, mes semblables, mes frères et soeurs,
Peut-être avez-vous, lors de vos virtuelles pérégrinations, mis le nez dans ce qu'une formule rituelle du champignacisme nommera une «étrange lucarne» dans sa version cosmopolite, et une «boîte à grimaces» dans sa version autochtone. Bref, peut-être avez-vous regardé dernièrement la télévision, et êtes-vous tombé sur un spot publicitaire qui, vous vantant tel ou tel produit, s'est laissé aller à vous parler en un étrange sabir. Ce nouveau parler, occurrence caractéristique d'une double nostalgie -celle des origines supposées de l'humanité, celle aussi du beau temps où la publicité pouvait être naïvement incorrecte, à la considérer politiquement-, ce nouveau parler pourrait être subsumé sous l'appellation de syndrome primatographique néo-banania. Par son intermédiaire, de la lessive, de l'essence ou des télécommunications vous seront par exemple vantées dans un langage de ce genre : «y a ka maté ta vu ça ké bon, oulala ding ding. Ouf ta pu la frit ta pu la pèch, taka lobé taka gobé la kok, waooh mahouss costeau».
Ce n'est pas ici, dans cette partie champêtre et éminente du monde, que de telles offenses à la langue et à la communication trouveraient leur terreau de prédilection, en ce lieu où la moindre expression publique témoigne du soin porté au beau langage, à l'expression qui fait mouche, au plaidoyer vibrant. Ici, du moindre officier supérieur désireux de fêter sa retraite par un petit raout -officier dont le nom, bien que contenant le comminatoire monème «chose», est toutefois agrémenté d'un presque aristocratique préfixe «du», puis d'un très élégant suffixe «al»- du moindre galonné donc jusqu'au politicien le plus confit dans la graisse rance de la respectabilité, tous ont le souci du beau dire, de la période emphatique, de l'envolée en tricounis.
Certes les membres assidus de l'observatoire permanent du champignacisme auront pu trouver, dans les candidatures proposées à sa scrupuleuse attention, quelques résonances archaïques, émanations sans doute de cerveaux reptiliens, telle la formule lourdement olfactive qu'une prétendue démocrate suisse reprenait à un présidentiable -et présidentié- hexagonal voisin, formule selon laquelle «je ne me sens plus dans mon propre pays».
Mais dans l'ensemble, ce sont l'élégance et la maîtrise qui prédominent ; les transports élégiaques sont impressionnants, tel celui du candidat le plus prometteur de cette cuvée, le persévérant Philippe Jaccard, qui, fort soucieux, lui, de genderly correct, et par ailleurs très au fait d'une particularité de la langue anglaise, féminise un corps de métier local et le transforme en navires de guerre («les derniers épisodes électoraux en ville de Lausanne ont de quoi nous laisser songeur. Et encore ce terme est-il un euphémisme, un peu à l'image des déclarations qu'avait coutume de faire le Foreign Office qui, lorsqu'il se disait préoccupé, avait déjà envoyé ses cantonnières») ; candidat acharné, battant, gagneur, virtuose de la métaphore footballistique sur laquelle s'asseoit, si je puis dire, la stratégie communicationnelle de son parti, et pourtant conscience morale éminente, vigilant admoniteur de ceux qui dans son propre camp jouent trop perso, puisque pour lui «nous avons tout intérêt à éliminer les auto-goals tirés sans discernement par certaines âmes bien-pensantes». Candidat dont le bonheur dans l'expression est talonné de très près, voire même tâclé, par celui de ce banquier ébouriffant, qui en un effort que nous ne pourrons pas ne pas nommer suprême, arrive à joindre et à transsubstantier dans une argutie politico-économique les sinuosités propres à Proust et à Bourdieu, à la NRF et au Collège de France : «Enfin, posons-nous la question de savoir si, en pendant combien de temps, nous aurons les moyens d'une politique d'exclusivité, si elle ne dépend que de nous, voire d'exclusion, pour le cas où elle nous serait dictée par d'autres, justement, comme l'imaginent les opposants à notre intégration européenne d'abord, mondiale ensuite, les égoïstes donc malades du nombrilisme».
Ce banquier est très fort. Ne négligeons pas néanmoins tous ces candidats qui, dans la faible mesure de leurs moyens, viennent eux aussi apporter leur pierre aux plus bucoliques carillons de l'économie de marché. Car le modeste visionnaire qui a semé beaucoup de graines et a vu des champignons pousser un peu partout, mais aussi le cadre -encore très débutant mais précurseur- pour lequel «l'encadrement est la pierre angulaire qui doit faciliter l'introduction de nouvelles méthodes de gestion», car ces candidats, dis-je, montrent d'un doigt encore timoré une nouvelle direction du champignacisme ; celui-ci, toujours poussé vers de nouveaux rivages, aborde enfin, nous le voyons distinctement, sur un véritable continent, qu'il contribue à constituer au moment même où il en foule les premières plages de sable fin et de guano et de sable fin et de pavés et de sable fin.
Oui, Mesdames et Messieurs, c'est une véritable aurore bordélique que nous voyons se lever devant nous et, si vous n'étiez pas déjà en station verticale, je vous suggérerais de vous lever pour en saluer l'avènement avec les honneurs qui lui sont dus. Nous vivons en un temps où, à côté du champignacisme purement verbal que toutes les précédentes éditions de la remise de cette inestimable distinction peuvent s'enorgueillir d'avoir distingué avec éclat, à côté de lui donc, naît un champignacisme longtemps tenu en bride par l'inextinguible propension des élites politiques à parler pour ne rien dire ; pour elles, il va s'agir désormais, de plus en plus, de parler pour dissimuler ce qu'elles font. Le bel Alain leur montre la voie, avec quelle audace et quelle maestria -et «c'est bien normââl». Aujourd'hui les épousailles entre le verbe et l'action enfantent un champignacisme nouveau ; les sultans locaux marchent main dans la main avec les consultants -leurs langages s'enrichissent mutuellement, au contact l'un de l'autre ; et d'inévitables synergies entre leurs foucades et leurs bravades, entre leurs théories creuses et leurs pratiques vénéneuses vont faire éclore de nouveaux fleurons -si j'ose utiliser ce terme héraldico-botanique- de la langue de bois (quoique cette expression incompréhensible, je le dis en passant, peine énormément le fils de bûcheron qui vous parle).
Même, il n'est pas exclu que le champignacisme se perpétue tout en se projetant hors de lui-même, et se pare désormais des plumes du même et de l'autre, du coq et du goret. Désormais à la fois à la pointe du progrès et les pieds enracinés dans la plus féconde tradition, c'est-à-dire pataugeant dans la glèbe et chantant les bienfaits de la déréglementation, à la fois centre avant comme le parti radical et gardien de but comme le parti radical, à la fois déjà virtuel et encore pesamment traditionnel, le champignacisme va pouvoir remplir ce que, sous d'autres latitudes idéologiques, certains n'auraient pas hésité à appeler sa mission historique : opérer la jonction entre l'enflure d'hier et celle de demain, entre les éminences fluo de la consultance et les bénéficiaires du découpage électoral de Gabriel Desplands, qui, à côté de son patronyme si éloquent, ne portait pas pour rien le prénom intemporel d'un archange.
Nous allons secouer la poussière qui, en notre périple entre Denges et Denezy, nous a collé aux chausses, et nous nous ouvrirons grâce à lui à la vraie réalité, à l'irruption tangible de la virtualité, à l'émergence de l'émergence. Une vache de nouvelle langue va vêler devant nous. Nous allons produire, en une fin de siècle triomphante, la jonction enfin réalisée entre d'une part le vocabulaire rutilant des énarques, les synergies finalisées, les optimisations orchidéennes, la statistique évidée de tout contenu, les histogrammes aux barbituriques et les infographies orange et mauves, et d'autre part les puissantes bouélées bévécrédiennes, fleurant bon le Dézaley et le tabac de la Broye, les ronflements de celui qui, après un repas de midi arrosé où il a pris une sacrée morflée, ne craint pas, en une belle après-dînée consacrée à un épuisant Conseil d'administration, de plonger dans les bras de Morphée pour un clopet réparateur. Courteline et Internet, Chessex et Baudrillard, les bosseurs et les bossards, les tracteurs et les attracteurs, voilà ce qui, grâce à l'Institut pour la Promotion de la Distinction -dont il faut comprendre la légitime fierté- va confluer jusque vers ces réseaux où «de nouveaux mammouths de l'audiovisuel essaient d'étendre les tentacules de leurs réseaux câblés» (comme le relevait récemment le Journal de Genève, en une envolée qui, étrangement, a échappé aux armadas de lecteurs qui dépouillent la presse locale et européenne pour palper le pouls asynchrone du champignacisme).
Car, je vous l'annonce en exclusivité, l'Institut pour la Promotion de la Distinction va pouvoir, grâce à WWW, diffuser à l'échelle mondiale les perles de la culture locale, tout ceci sur un serveur qui sera une serveuse, puisqu'elle se prénommera Josette. Le champignacisme va donc en son giron -qui n'est pas, et de loin, que celui des jeunesses campagnardes- réchauffer et réunir l'ancien et le moderne. Il va continuer son oeuvre grandiose d'immixtion dans les pintes et dans les nouveaux médias. C'est que, polymorphe, polyvalent, auto-immunisé, il se nourrit de lui-même, se reproduit jusque dans les milieux les plus apparemment inhospitaliers, participe à son propre développement, et développe sa propre participation à son extension.
Une des preuves les plus éminentes de son indicible robustesse, c'est que celui-là même qui vous en parle en est imprégné : pourquoi toutes ces occurrences linguistiques impérissables et qui font l'objet de justes récompenses, pourquoi ces assertions flamboyantes, maïaques, estivales et automnales doivent-elles trouver apothéose dans un commentaire qui, s'étant frotté à elles, se fait semblable à elles, s'infléchit lui-même vers le champignacisme. Terrible, taraudante, tourmentée réflexivité qui ne peut que reconnaître sur sa cuisse endimanchée mais endolorie l'empreinte de la semelle, la trace du crampon du champignacisme. Mais l'émotion m'étreint, et je ne saurai m'aventurer plus avant dans les dédales de l'auto-réflexion. D'ailleurs le temps passe, et la descente dames de Sankt-Anton, puis la descente messieurs de Val Gardena, n'attendent pas.
En 1886, prémonitoire, le célébrissime Gaston Deschaumes adressait à l'endroit du symbolisme cet anathème dont la lucidité a voulu que nous le retrouvions dans le Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement : «J'ai la conviction absolue que les jeunes décadents ont voulu créer une langue inintelligible, de façon à n'avoir même plus à se donner la peine d'écrire une phrase française et de traiter une idée si pauvre qu'elle fût.» Aujourd'hui ce sont les semblables de Monsieur Deschaumes qui s'enorgueillissent de produire les idées les plus pauvres et les phrases à la fois les plus nulles et les plus alambiquées. Bravant les dangers de la contamination, nous serons à leurs côtés pour admirer, stupéfaits, à quelle hauteur ils portent non seulement les soucis d'économie et les réductions linéaires, mais aussi-et avant éventuellement qu'ils ne leur retombent sur le nez- les fruits d'une éloquence qui aura enfin réussi à joindre, sinon les deux bouts, du moins les fulgurances de la rhétorique antique et les synergies de l'argumentation post-moderne.
Je vous remercie de votre attention soutenue et qui en valait la peine.
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L'année champignacienne 1995
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique ;
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias ;Je serai bref.
Cette année a été difficile. Partout les monstres froids de la technostructure sont à l'offensive, partout les poètes, les amis de l'art et de la beauté sont contraints de monter dans les tranchées, pour écouter l'oeil aux aguets la triste lumière de la marée qui menace de les consumer.
Ainsi Chirac a évincé Mitterrand, démantèlement se dit Orchidée, les destructions d'emplois deviennent des «départs naturels», les tags sont remplacés par des pogs.
La syntaxe s'effrite, le vocabulaire se délite. Lorsque la langue de bois rencontre le bouche-à-oreille, tous trois se mettent à faire des petits.
Mais ne restons pas sur ces sombres propos. Nous avons aussi des motifs de satisfaction. Ainsi, tout récemment, une nouvelle étoile est apparue au ciel du pinacle de cette source fraîche qu'est le beau langage. Bien que son éclat ne fasse que commencer à nous parvenir, nous avons manifestement affaire à une supernova. La profession de foi d'une candidate au Conseil national, Mme Christiane Langenberger, parue dans le Journal officiel des Bourgs et des Campagnes, renouvelle le genre électoral de fond en comble. Je cite «L'interdépendance des problèmes politiques m'interpelle : je souhaite m'engager pour une économie efficace et soucieuse des conséquences sociales et pour une Europe fédérée. Je me battrai pour une intégration équitable des femmes dans le monde du travail, pour un système de santé au coût raisonnable et une vieillesse de qualité.».
49 mots. Ça n'a l'air de rien, et pourtant il s'agit là d'un texte remarquable, car, nous pouvons maintenant vous le révéler, Madame Langenberger est notre premier prototype de robot parlementaire fédéral. Les ingénieurs du Grand Prix du Maire de Champignace viennent de lui greffer notre nouveau DPI (discours politique infini). Le croiriez-vous? La profession de foi de madame Langenberger contient huit substantifs et huit adjectifs, et la simple permutation de ces seize éléments permet d'obtenir près d'un million sept cent mille possibilités différentes, ayant toutes à peu près la même signification.
Nous allons prochainement commercialiser ce programme informatique sous forme de jeu : le loto champignacien. Trois mains innocentes vont désigner un nombre au hasard, et je vous lirai une des 100 premières versions aléatoires de ce texte imprévisible. (Trois spectateurs tirent au sort.)
12 L'intégration des systèmes de santé équitables m'interpelle : je souhaite m'engager pour une interdépendance fédérée et politique et pour une femme fédérée. Je me battrai pour une Europe fédérée des économies dans le monde du travail, pour un système de santé au coût raisonnable et une femme de qualité.
20 L'économie des systèmes de santé soucieux des conséquences sociales m'interpelle : je souhaite m'engager pour une femme équitable et de qualité et pour une Europe fédérée. Je me battrai pour une interdépendance équitable des vieillesses dans le monde du travail, pour un problème au coût équitable et une Europe efficace.
51 La femme des systèmes de santé de qualité m'interpelle : je souhaite m'engager pour une interdépendance équitable et politique et pour une conséquence raisonnable. Je me battrai pour une Europe efficace des économies dans le monde du travail, pour un problème au coût soucieux des conséquences sociales et une économie politique.
Je vous remercie de votre attention.
Nous allons maintenant remettre aux lauréats leurs prix, trois diplômes et deux magnifiques statuettes que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien dans la fibre de verre et la colle synthétique.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous communiquer les résultats du grand prix.
Vive la parole, vive la langue, vive le Champignac![Retour au tableau des discours]
Le fonds Rochat, précurseur du Grand Prix du Maire de Champignac
par le Zoïle des Lettres
Sur ce vénérable parquet consacré par l'usage, vous aviez accoutumé d'ouïr un signalé rhétoriqueur, en proie à la plus intempérante ébriété oratoire, défourrailler pour vous de sa panoplie quelques-unes de ces métaphores fraîchement fourbies qui brillent comme l'éclair et frappent comme la foudre. Or voici qu'à sa place j'ose me présenter devant vous, soucieux uniquement de m'atteler à rénover ce canton et son plus beau fleuron : le Grand Prix du Maire de Champignac. Dans cette hasardeuse entreprise, je tâcherai de me montrer le plus persuasif, si je ne suis pas le plus éloquent. J'oeuvrerai dans le respect du passé, et en me projetant intrépidement vers l'avenir.
Plus que l'éminente dignité d'être homme, je viens décliner parmi vous le bonheur d'être vaudois. Car il est une institution que le monde entier nous envie, dont les racines plongent au plus profond de l'humus fertile, du fécond terreau de ce pays. En elle s'inscrivit jadis et se lit encore aujourd'hui la prévoyante sagesse de notre petite patrie. Par elle nous accédons à l'intime connaissance de sa décisive contribution au plan providentiel dont la réalisation engage le destin de l'espèce. Je veux parler du fonds Rochat.
Mais écoutez plutôt et soyez édifiés : par testament daté du 28 mars 1834, le pasteur Abram-Elie Rochat (1765-1840) dévolut six mille francs à un fonds dont les intérêts iraient à de jeunes garçons répondant au nom de Rochat, qui manifesteraient la vocation de ministre, avocat ou tel autre état honorable, pour lequel les études sont indispensables. Les candidats devaient -je cite- «avoir une figure agréable, annoncer des talents autant qu'on en peut juger à cet âge». En outre, il était pourvu que la gestion de cette somme serait confiée à un honnête homme nommé Rochat, auquel incomberait de la faire fructifier sur des valeurs sûres.
Le fonds existe toujours, amis champignaciens, et il est actuellement administré par l'honnête Antoine Rochat, notaire. Son capital, grossi d'appoints substantiels versés par divers membres du clan, s'élève à 83'210 francs, après arrondissement au franc inférieur. Selon une ancienne pratique, une commission de trois personnes, -un juriste, un pasteur, un médecin,- examinent les candidatures et proposent un préavis au Département de l'instruction publique, qui désigne le bénéficiaire. Ladite commission est nommée par le même Département et renouvelée par cooptation. Elle se compose présentement de l'honnête Pierre Rochat, notaire, de l'honnête Daniel Rochat, pasteur, de l'honnête Éric Rochat, médecin et conseiller aux États.
De la part d'un homme que son ministère aurait dû incliner à l'humilité, cet altier préjugé de l'austère Abram-Elie en faveur des seuls Rochat peut surprendre. Pour en saisir la raison, il importe de se rappeler que l'épopée des Rochat vient de loin. Les Rochat, en effet, couvrent une tranche mémorable de l'histoire de l'humanité. De tout temps, la chronique les a décrits tenaces, mordaces, pugnaces. Bonaparte lui-même observait déjà, lors de la glorieuse expédition d'Égypte, au colonel Jomini : «Un mameluk vaut quatre Rochat, quatre mameluks valent huit Rochat, seize mameluks valent seize Rochat ; trente-deux Rochat valent soixante-quatre mameluks.» Comme on le sait maintenant grâce aux mémoires apocryphes du maréchal des logis César-Amédée Rochat, cette opinion flatteuse était partagée par les moukères du Caire, dont César-Amédée écrit, non sans une pointe de fatuité touchante chez un si rude guerrier : «Après notre passage, les Cairotes sont cuites.»
Depuis les époques les plus reculées, les Rochat ont crû et multiplié. Rien qu'en 1980, la fête des 500 ans de la famille réunissait quelque 2000 membres à la vallée de Joux. Dans le seul canton de Vaud, 1500 abonnés du téléphone, tous à jour dans leurs paiements, portent le nom de Rochat. Pour déterminer le nombre total des Rochat en Suisse, il faut quadrupler ce chiffre. Partis si fort et de si loin, les Rochat vont continuer de proliférer à tout va, et l'on peut prévoir qu'ils finiront par submerger tous les autres. La politique, dit-on, est l'art d'anticiper. Aussi le Grand Conseil -vous savez bien, le Grand Conseil : ils sont là-haut deux cents qui ont de l'esprit comme vingt-, s'honorerait-il en décrétant le droit au retour pour chaque Rochat expatrié, avec attribution automatique de la bourgeoisie en n'importe quel lieu où il lui plairait de s'établir, assortie de la possibilité octroyée à tout possesseur d'un patronyme rare ou banal, noble ou ignoble, autre que Rochat, d'exiger de l'état civil de sa commune que lui soit gratuitement substitué celui de Rochat. Concomitamment, le Grand Prix du Maire de Champignac serait rebaptisé Grand Prix Rochat, conféré à un Rochat par un jury exclusivement constitué de Rochat.
D'ici j'entends gronder comme une récrimination. Mais je m'empresse de rassurer les vrais patriotes. Afin de ne pas attenter à notre patrimoine le plus précieux, serait proclamée la pérennité du Prix Jacques Chessex : d'anthume seulement qu'il est, le Prix Jacques Chessex deviendrait simultanément posthume. En sorte qu'aux siècles des siècles il serait accordé à des générations de futurs Rochat d'en célébrer avec effusion le lauréat éponyme, inamovible et perpétuel.
Mes amis, enfin nous voici rendus à nous-mêmes, tels ces navigateurs en perdition qui devinent poindre au détour des nuées l'évanescente chimère du salut, sous la chamarre des ciels d'orage. Et vous! champignaciens incrédules, scellez vos paupières ombrageuses, et contemplez avec l'oeil du dedans cette radieuse apothéose : le Prix Rochat décerné d'un coeur unanime par une communauté de Rochat à un Rochat, émanation de l'âme collective des Rochat. A terme, un pays entier de Rochat, qui seul nous garantirait un gouvernement homogène et une réforme scolaire harmonieuse. Ce serait, restituée sur la terre comme au ciel, la divine et immuable identité à soi, l'essence et l'existence conciliées, l'unité de l'être irréfragablement fondue avec l'unicité de l'appellation, -l'alpha et l'oméga, pour tout dire, d'une aventure séculaire désormais achevée.
Sans l'aide de personne, arc-boutés contre tous, les valeureux adorateurs du papet qui peuplent cette minuscule portion de l'Univers auraient donc accompli seuls cette prodigieuse avancée. Un petit pas dans l'histoire du canton, concéderont peut-être du bout des lèvres les esprits chagrins, -mais quel pas de géant dans l'histoire de l'humanité!
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L'année champignacienne 1996
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique ;
Mesdames et Messieurs de la presse et de la masse des médias ;Je serai... multimédia. (Il ouvre son ordinateur portable.)
Il est parfois certains dimanches soirs de doute, où en rentrant du chalet on se demande si tout cela a un sens. Les questions se bousculent alors. A quoi servent tant d'efforts? Le champignacisme a-t-il encore un avenir? A quoi bon lutter pour le beau langage quand plus personne ne parle? Où ai-je mis les clés du garage? Arrivé chez soi, on fait ce que tout être humain fait lorsque le sens de la vie l'appelle, quand l'angoisse monte : on allume la télévision.
Ce simple geste m'a récemment rendu confiance en notre oeuvre. En effet, entre une publicité vantant les tablettes de nettoyage pour prothèses dentaires et une enquête troublante sur la présence d'extraterrestres au sein de l'administration militaire fédérale, mes oreilles ont cru entendre ceci :
De l'ordinateur sortent quelques paroles inaudibles, aussitôt répétées pour les handicapés du multimédia : «Le rêve va se réaliser aussi sous forme d'expériences existentielles, d'atmosphères ludiques, où il y aura des événements qui seront frappants, et où les gens seront appelés à vivre une réflexion, et en même temps à s'engager vers quelque chose d'extraordinaire sur le plan du plaisir.»
Merveille des merveilles, splendeur des splendeurs, nous la tenons enfin, cette grande vérité, cette affirmation qui réconcilie à la fois le dépassement des jeunes hégéliens, la dualité de la première topique chère aux freudiens, la Sainte Trinité des chrétiens, et les rigatoni sauce aux quatre fromages. Ces mots sont une réponse, au sens de cet écho divin qui, au fond d'une chartreuse ou d'un moutier, répercute à l'infini, sous les voûtes d'un réfectoire au petit matin, le chant grégorien des novices, le craquement des biscottes et la digestion difficile du cacao de la veille refroidi dans un vase de nuit mal rincé. Voici la Réponse qui résout tout, la Réponse qui absorbe tout, la Réponse qui répond.
Mais quelle était la question? Le moment est venu, Mesdames et Messieurs, de vivre une réflexion, et en même temps de s'engager vers quelque chose d'extraordinaire sur le plan du plaisir : nous allons faire un petit jeu : je vais vous suggérer quatre questions, et vous allez voter pour choisir celle qui vous semblera la plus vraisemblable.
Proposition A : Comment se présentera le site Internet de l'union des producteurs de vacherins Mont-d'Or?
Proposition B : Quel est votre programme politique, Jozef Zysiadis?
Proposition C : Est-ce qu'on fera vraiment la fête lors de l'Exposition nationale de 2001?
Proposition D : A quoi ressemblera le programme de la prochaine saison du cirque Knie?
Le Zoïle des Lettres va décompter les voix.
La question était en fait : «-Et la fête, est-ce qu'on fera vraiment la fête? parce que les thèmes que vous donnez, c'est un peu à se casser la tête.» Et la réponse a été donnée par Fabrizio Sabelli, éminent ethnologue et sociologue, responsable de l'expo 2001, sur les ondes d'une des chaînes de la télévision suisse romande dont nous tairons le nom par crainte du mobbing.
Il ajoutait les précisions qui suivent, qui éclairent sa pensée :
«Et bien, dans ces lieux, il y aura des thèmes que nous appelons transversaux, qui traitent de ces ensembles-là. Le tout avec des expositions d'art, des événements extraordinaires, des moments ludiques où l'interaction permettra aux visiteurs de vivre une expérience qui n'est pas seulement intellectuelle ou culturelle, mais aussi un moment de détente et un moment de plaisir.»
Et tout ça, qu'est-ce que c'est? «C'est un concept le plus moderne qui existe, et qui n'a jamais été fait.»
Ayons confiance, Mesdames et Messieurs de l'assistance publique : un gigantesque élevage de champignacismes se prépare près de nous, de l'autre côté de la chaîne du Jorat. L'exposition nationale de 2001 s'annonce d'ores et déjà comme l'apothéose millénariste du verbe fou, comme une immense somme de réponses dont on aura oublié les questions.
Ça ne vous rappelle rien? Des réponses dont on cherche les questions? Le goût du dentifrice vous vient dans la bouche, selon le principe de Madeleine Proust... mais voui : c'est le Microphage, un jeu de la Loterie romande imaginé par Bernard Pichon, que vous aviez coutume de subir en vous brossant les dents chaque matin.
Bernard Pichon, qui a enchanté notre enfance avec Gaspard-le-Renard et Blanche-l'oie-qui-se-prend-pour-une-dinde ; Bernard Pichon qui nous accueille, pauvres pécheurs, dans son confessionnal public ; Bernard Pichon qui nous accompagnera dans notre évolution personnelle en vantant bientôt les tablettes de nettoyage pour prothèses dentaires. Tel est l'homme qu'il nous faut. Au lieu de ce triste Franci(s) Matthey, portons Bernard Pichon à la tête de la prochaine exposition nationale.
Je vous remercie de votre attention.
Nous allons maintenant remettre aux lauréats leurs prix, deux diplômes et deux magnifiques statuettes, issues d'un nouveau moule que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien dans la fibre de verre et la colle synthétique.
Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous communiquer les résultats du grand prix.
A bas le sens, vive la parole, vive la langue, vive le Champignac![Retour au tableau des discours]
Taxonomie champignacienne
par Arsène Brodequin, endimanché
Mesdames, Messieurs,
L'émotion m'étreint et ma glotte me joue des tours, car l'instant est solennel. Mais puisque je suis
irrémédiablement devant vous, je vais essayer de lire ma prose avec du ton, comme on nous le demandait
à l'école.L'école! Nous sommes, le savez-vous, les nobles héritiers de l'école vaudoise pas encore mutante mais
déjà transgénique, et, assis sur le magma en fusion des idées reçues et des énoncés rocailleux, nous
contemplons le désastre. Nous faisons des pieds et des mains pour réveiller les têtes peu pensantes de
nos compatriotes, mais aucune diane, aucune sonnerie de réveil, aucun communiqué du bureau
d'information de l'Etat de Vaud ne vient nous prouver que les cerveaux spongiformes de nos congénères
ont pris leur envol.Aucune ? Si ! L'Etat de Vaud, à la veille de sa disparition , vit encore, et il a des soubresauts d'un
imposant lyrisme. Malgré les apparences, dans le sillon humide de la lourde glèbe broyarde, quelques
plants magnifiques se sont jetés à l'eau, et, voguant de conserve, ont réussi à prendre le taureau par les
cornes.Quarante-deux valeureux et valeureuses ont lancé à la face du monde le feu d'artifice de leurs fleurs
rhétoriques, ont rendu le délicat nappage de succulentes tartes à la crème oratoires. Devant une telle
moisson, devons-nous rester cois et nous la coincer ? Non, nous devons faire front et tenter de nous
porter à la hauteur de ces fleuves dont le courant nous emporte au septième ciel de l'empire de Joseph,
Jean Jacques, Jacqueline et les autres.Mais sois sage, ô ma ferveur, tiens-toi plus tranquille et prends un siège sur le banc devant la maison !
Non seulement tu l'as bien mérité , mais il le faut ! Un robuste plongeon sémiologique s'impose, avant que
nous ne ceignions le front des heureux récipiendaires de cette magnifique statue coulée dans le bronze et
le sagex.Analysons, trions, décortiquons. Un immense effort herméneutique nous conduit à l'hypothèse suivante : le
champignacisme, dans son infinie diversité, est ternaire; il s'abreuve à trois sources vives, et tisse les
tresses de trois filons, aussi solides que délectables.Trois sortes d'inspiration s'élancent à l'assaut des hautes cimes de l'éloquence où les concurrents prennent
leur pied ou se prennent les pieds. Ces trois sources, je les classerai, pour la commodité de l'exposé, en
A, B et C. Je les illustrerai de citations qui atteignent la pureté idéale du geste sportif, tel le divin et
olympien marquis signant un contrat de quelques centaines de millions de dollars avec une chaîne de
télévision.Je m'égare. Revenons à nos trois types idéaux. Les A sont le lot de personnes à responsabilité, mais sans
doute abruties, je veux dire assommées de travail; cernées par les innombrables occasions où, elles
doivent parler en public sans filet, elles tombent dans un panneau qui les repousse avec violence en
direction de la buvette du Grand Conseil. Magistrats et journalistes, les A avouent une tonitruante stupeur;
ainsi de la conseillère d'Etat qui voudrait «rafraîchir la mémoire de ceux qui étaient absents la semaine
passée»; ainsi de notre Jean Jacques à nous, qui confessait : «Utiliser un moyen aussi lourd que la grève
me semble léger». Les A sont des Alphonse Allais alpestres; ils assènent un énorme coup de marteau sur
leurs propres doigts, mais ne crient pas qu'ils ont mal, car même de cela, ils sont trop occupés pour s'en
être rendus compte.Les B, embourbés, emberlificotés laissent planer un doute taraudant : ont-ils forcé sur le biberon ?
Sont-ils si impressionnés par la virtuosité inconsciente des A qu'ils s'en éloignent à force de vouloir les
imiter ? Insondable mystère. Ne nous restent que les débris haletants de leurs tentatives, aussi longues que
sont concises les sorties des A. Telle cette assertion parue dans Domaine public -périodique qui manque
d'entraînement en champignacisme, mais qui peut parfois d'un seul coup de rein rattraper l'immense écart
qui le sépare de ses congénères de la presse des médias, tel un Toni Rominger à la dérive dans les
premiers lacets du Pillon mais qui reviendrait à la force du mollet sur le souverain Jan Ullrich. Je recolle à
la roue des B, et évoquerai ce syndic, sans doute rendu nerveux par un Conseiller d'Etat de type A, en
charge des affaires militaires et qui s'emploie à parler d'emploi. Je cite l'envieux : «La gauche à laquelle
j'appartiens et m'engage depuis un certain nombre d'années n'aura donc pas à rougir de ma contribution
dans le cadre de l'élaboration de cet exercice puisque, bien au contraire, j'aurai à coeur de contribuer à
faire en sorte que cet exercice soit tout simplement réaliste dans son scénario et respectueux des valeurs
qui fondent une société intelligente tout en permettant de vérifier quelques aspects de l'état de préparation
des organismes publics censés protéger notre population. Il ne s'agit donc nullement, au travers de cet
exercice de défense générale, de se mettre au garde-à-vous devant n'importe quel représentant de
n'importe quel parti, ça n'a jamais été mon genre d'ailleurs et ce n'est pas demain la veille que cela
arrivera, question de dignité.»Les B sont des battants qui se placent sous la bannière de Brigitte Bardot et des Babibouchettes en laine
synthétique, ils balbutient, mais c'est avec un brio qui ne peut être rendu qu'en une lecture qui devrait se
faire en un seul souffle (ce qui, vous venez de vous en rendre compte, est humainement impossible, et
l'aurait été même à la fameuse Sarah Bernhardt).Les C maîtrisent la syntaxe, balancent des périodes quasi parisiennes - ce qui fait encore plus
coquettement ressortir leur intellect caillouteux. Ils sont moins anéantis que les A, moins à la bourre que
les B, et l'emportent de beaucoup sur les deux autres groupes en correction linguistique - mais aussi,
faut-il le dire, en crudité champignacienne. Leur rareté est due à leur infinie modestie, qui les prévient de
clamer leurs compétences sur la place publique. Mais lorsqu'ils cessent enfin de se retenir, quel savant
cortège, quel criant cataclysme : «En Europe, la France est le pays du débat d'idées [...] En Suisse, un tel
espace manque absolument. Les politiciens sont intellectuellement embarrassés, les scientifiques polarisés,
les écrivains autistes et les femmes hystériquement hostiles à la discussion d'idées». Recueillons-nous,
Messieurs et surtout Mesdames, devant Catilina et Cicéron à la fois. Même Claudia Cardinale ne fera pas
l'affaire : on ne trouvera de porte-étendard à ces C que leur représentant de cette année, Christophe
Calame, le virtuose qui a réussi à retrouver sous le matelas de la philosophie et de la littérature romandes
un moelleux bas de laine qu'il aurait été bien en peine de tricoter lui-même, et dont la classe nous cloue le
bec, tout simplement.Je ne sais pas si la vox populi, qui hélas a souvent tendance à miser sur de mauvais chevaux, distinguera
ces magnifiques bucéphales ou d'autres rossinantes. Seule l'urne nous le hennira, de sa voix de stentor.
Mais je voulais leur rendre un vibrant hommage, avant que le fleuve impétueux du champignacisme ne les
emporte vers les somptueuses poubelles de l'histoire : leurs tentatives montent désormais en ligue des
champions, et vont devoir subir le choc de la comparaison avec des monuments comme les pensées de
l'inexpugnable Président Philippe Pidoux, comme les invectives du volubile souriceau de Ropraz.Terrible défi, mais qui ne doit pas nous faire oublier une légitime allégresse. Il y a peu de temps encore, à
peine dix minutes, au début de mon discours, l'avenir s'annonçait morose, et nous glissions lentement sur
le verglas sirupeux qui nous amènerait à Noël, puis aux élections cantonales. L'optimisme revient ! Place à
l'Apéritif, aux Bacchanales et aux Cacahuètes ![Retour au tableau des discours]
Sommes-nous seuls dans l'Univers?
par le délégué aux cérémonies solennelles du Grand Jury du Grand Prix du Maire de Champignac
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique;
Mesdames et Messieurs de la presse bientôt réunifiée;Je serai... saisi par l'angoisse, par le morne silence des espaces infinis qui nous entourent. Comme ce
rhume de cerveau que vous entendez, et comme ce Blaise Pascal à qui vous pensez, je vais me prendre la
tête, en somme.Sommes-nous seuls dans l'Univers? Sommes-nous uniques, perdus, isolés telle l'île aux canards en plein
milieu du lac de Sauvabelin? N'y a-t-il que la modeste académie champignacienne, c'est-à-dire vous,
Mesdames et Messieurs de l'assistance publique, à avoir perçu tout ce qu'il peut y avoir de beau, tout ce
que l'on peut trouver de grandiose dans le quotidien le plus banal?Il y a, bien sûr, de nombreuses institutions qui honorent les véritables créations des artistes zauthentiques,
les zoeu[zø]vres -choisies, complètes ou en espérance. Il y a ces quarante prix littéraires romands, qui
récompensent chaque année, avec une remarquable sûreté de jugement, les quarante romans qui se
publient dans nos cantons. Il y a, par exemple, le Prix Edouard Rod, remis dans le beau village de
Ropraz, qui récompense chaque année les meilleures critiques de Jacques Chessex. Cela est bien, cela
est beau.Mais qui d'autre que les Champignaciens s'adonne au travail ingrat de l'orpailleur du langage? Qui
éviscère les corps constitués pour en faire jaillir les précieux calculs politiques? Qui soulève à bout de
bras la lourde masse des médias pour dégager de cette immense gangue de pâte à papier et de réseaux
hertziens les truffes odorantes qui nous font entendre la lumière du Verbe? Qui? Qui?Une enquête approfondie nous a permis de découvrir l'existence de prix-frères, de
récompenses-jumelles, de célébrations cousines de la nôtre. En cette époque de globalisation totalisante
de la mondialisation planétaire, pour parler comme David de Pury, Champignac d'Argent 1994, il est bon
de voir loin, au-delà des mers et des déserts qui nous cernent de toutes parts.On recense en France, dit-on, 1700 prix littéraires, dont le prix de la gendarmerie nationale, qui vise à
encourager les auteurs de romans policiers à donner une image héroïque des pandores de l'hexagone, de
la Corse et des colonies. Parmi ces 1700 prix, il s'en trouve un qui nous est cher: le Nanard d'Or, qui a
été attribué cette année à Madeleine Chapsal, pour son ouvrage, rédigé en deux semaines et intitulé Ils
l'ont tuée, au féminin, consacré à je vous laisse imaginer qui...On pourrait évoquer également l'anti-prix Nobel de la Paix qui a distingué récemment une remarquable
étude sur «la douleur probablement ressentie lors des différentes méthodes d'exécution capitale».Cependant, on peut trouver encore mieux. À l'ouest, il y a du nouveau. Des Amériques nous vient le prix
Darwin, qui honore chaque année une personne ayant trouvé la mort dans un accident particulièrement
mémorable. Décédé en 1997, le lauréat avait survécu trois lustres à son exploit. Il y a quinze ans, ce
camionneur californien s'était assis, avec six canettes de bière, sur une chaise de jardin attachée à 45
ballons gonflés à l'hélium. Il se retrouva en quelques secondes à une altitude de 4000 mètres. Sa dérive
dura quatorze heures, au bout desquelles il pénétra dans le couloir d'approche de l'aéroport international
de Los Angeles. Un hélicoptère sortit alors des nuages pour le sauver.Il y a deux ans, le prix Darwin était revenu, à titre posthume évidemment, à un jeune homme mort écrasé
par le distributeur automatique de boissons qu'il était en train de secouer pour en tirer un Coca à l'oeil.En Italie, c'est la justice aux mains propres qui récompense de telles prouesses. Le tribunal de Pérouse a
relaxé lundi 27 octobre un jeune aveugle interpellé au volant d'une automobile. Suspecté de simuler son
invalidité, le jeune homme a convaincu les juges par ces mots: «En vérité, je suis un miraculé; j'ai retrouvé
la vue après un voyage à Lourdes, où je me suis rendu le 13 décembre dernier, jour de la Sainte-Lucie,
patronne des aveugles.» Nous sommes le 13 décembre, Mesdames et Messieurs, et que Sainte-Lucie
nous éclaire, nous aussi!Je vous remercie de votre attention.
Avant d'énumérer la liste des lauréats, je tiens à rappeler que, contrairement à toutes les rumeurs qui
sourdent d'oreilles aussi malentendantes que mal intentionnées, le Grand Jury du Grand Prix du Maire de
Champignac est totalement incorruptible et soucieux des apparences, comme l'a si justement déclaré le
procureur général du canton de Vaud.Nous allons maintenant remettre aux lauréats leurs prix, deux diplômes et deux magniÞques statuettes,
que nous devons au très grand Henry Meyer, qui a su, mieux que tout autre, incarner l'élan champignacien
dans le plâtre et la peinture à la bombe.Mesdames et Messieurs, je passe la parole à l'urne qui va nous communiquer les résultats du grand prix.
À bas le sens, vive la parole, vive le Champignac !