Le courrier a déménagé.
Nouvelle adresse: http://www.lecourrier.ch

Sommaire du reportage
La shoah et le silence de l'amérique
La Suisse, un miroir pour les Etats-Unis
Histoire: les juifs sont restés...
Nahum Goldmann
Elie Wiesel
Le Courrier, sommaire principal
 

Commentaire
par Manuel Grandjean

La Suisse, un miroir pour les Etats-Unis

Le pays de la "poutse" n'en finit pas de laver les tâches de son passé. Il y a quelques années encore, les Suisses dans leur majorité pensaient que leur pays avait échappé la seconde guerre mondiale en raison de la détermination de ses soldats, qu'il avait accueilli les malheureux pourchassés autant que possible, qu'il n'avait aucunement profité de la situation... Puis est venu le séisme de l'affaire des fonds juifs.

Autant le dire nettement, pour cadrer l'agacement que les attaques étrangères provoquent: toute la lumière doit être faite, le moindre centime qui a été illégitimement acquis doit être rendu. La réplique -en fait, une menace voilée!- selon laquelle les doléances juives attisent l'antisémitisme est ignoble, parce qu'elle opère un retournement complet des valeurs: l'injustice devient justice et l'innocent responsable de sa propre persécution.

Que la Suisse fasse la lumière sur son passé: oui. Qu'elle répare ses fautes: oui. Que l'on en fasse une victime expiatoire, un bouc émissaire, pour toute les fautes commises envers les Juifs: non! Car force est de constater que sur les exigences légitimes des victimes se greffe d'autres intentions: racolages électoraux de sénateurs en goguette ou manoeuvres qui ont plus à voir avec l'actuelle guerre commerciale qu'avec la dernière guerre mondiale. De plus, ces attaques émanent d'une nation qui ferait bien de se pencher sur son propre passé. En effet, plus que toute autre pays, les Etats-Unis -puisque ce sont eux dont il s'agit- sont restés sourds au massacre des juifs d'Europe. Plus que tout autre pays, il auraient eu les moyens d'agir.

Comme le montre les articles publiés en page 8 et 9, les frontières américaines sont restées désespérément closes pour les persécutés. Seuls les personnes économiquement "intéressantes" ont été accueillies. Au plus haut de l'Etat, on a tenté de faire taire les sources d'informations faisant état de massacres de Juifs, afin d'éviter les pressions de l'opinion publique. On a fait échouer tous les plans de sauvetage, afin de ne pas se voir confier le "fardeau dont Hitler se chargeait". On a évité toute action militaire visant à enrayer l'extermination systématique. Enfin, quant la guerre fut finie, on laissa croupir les victimes dans les camps, les astreignant parfois au travail forcé pour la reconstruction de l'Allemagne.

Quant, l'Amérique se décidera à agir, ce sera pour faire pression sur les Britanniques et les Nations Unies afin qu'un état Juif soit créé, provoquant ainsi le malheur d'un second peuple, avec son long cortège d'exil, de discriminations et de massacres.

Coupables par inaction et coupables par action, les Etats-Unis seraient aussi bien inspirés de faire la lumière et de réparer leurs fautes.

Les reportages du Courrier

© Copyright juillet 1998, Le Courrier en collaboration avec ImagineR Software, l'alternative informatique