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Sommaire du reportage
La shoah et le silence de l'amérique
La Suisse, un miroir pour les Etats-Unis
Histoire: les juifs sont restés...
Nahum Goldmann
Elie Wiesel
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Nahum Goldmann

Je leur dirai de se jeter à l'eau"

Dans ses mémoires, Nahum Goldmann, premier président du Congrès juif mondial, raconte ses difficiles négociations avec le Gouvernement américain pour sauver quelques réfugiés.

Un certain nombre de juif qui avaient réussi a obtenir un visa mexicain s'embarquèrent pour le Mexique à bord du S.S. Quenza. Quand ils sont arrivés -à Tampico, si je me souviens bien- le gouvernement mexicain déclara que son consul n'avait pas été autorisé à leur délivrer les visas et refusa de les laisser entrer, ordonnant au bateau de partir. Evidemment, si ces personnes étaient retournées en France, elles auraient immédiatement été déportées par les autorités nazies. Je reçus des télégrammes désespérés du Central Jewish Comittee du Mexique et des individus en question me demandant de faire tout mon possible pour que les Etats-Unis les accueillent lors de l'escale à Norfolk en Virginie. A la demande de Stephen Wise [un leader de la communauté juive américaine, ndlr], Madame Roosevelt, très compatissante et prête à nos aider, parla au président, qui nous informa qu'il était prêt à ordonner aux responsables de l'immigration à Norfolk d'admettre ces réfugiés sans visas, à condition que nous puissions persuader le Secrétaire d'Etat Cordell Hull -qui était très conservateur- de ne pas s'y opposer.

"Le Dr Wise et moi-même sommes donc allés voir M. Hull pour lui demander d'accepter l'admission de ces âmes en détresse. De prime abord, il prit une attitude strictement négative, expliquant que sous la loi américaine personne ne pouvait immigrer sans visa. Alors que j'augmentait la pression, il s'exclama: "Vous voyez ce drapeau américain derrière mon bureau? Sur ce drapeau j'ai juré de soutenir la Constitution et les lois des Etats-Unis. Vous me demandez de rompre mon serment!" J'ai dit à M. Hull que j'avais lu dans un journal que des marins allemands anti-nazis avaient sauté par dessus bord plutôt que de retourner en Allemagne. Les gardes-côte les avaient récupérés et amenés à Ellis Island, où tous les immigrants sans papiers étaient détenus.

""Si vous voulez", lui dis-je, "je vais envoyer un télégramme aux réfugiés du Quenza et je vous garantis qu'ils sauteront par dessus bord à Norfolk. Alors les gardes-côte enverront un bateau pour les repêcher.Plusieurs d'entre eux pourraient attraper une pneumonie. En fin de compte vous devrez faire la même chose qu'avec les marins allemands. J'ai personnellement rien contre le fait que ces malheureux restent en sécurité jusqu'à la fin de la guerre sur Ellis Island. Mais pourquoi voulez-vous me faire passer par cette voie détournée, compliquée, coûteuse et insalubre?"

"Hull me jeta un regard noir et dit: "Vous êtes vraiment cynique, M. Goldmann."

""Je me demande qui est le plus cynique", répliquai-je, "le secrétaire qui cherche à condamner des centaines de Juifs à une mort certaine, ou celui qui essaie de les sauver."

"Mon argument sembla l'impressionner, car il dit finalement en grognant: "Dites au président que s'il donne les ordres sous sa propre autorité je ne ferais pas de difficultés." L'ordre fut donné; les réfugiés eurent la permission de débarquer à Ellis Island, et furent plus tard admis légalement comme immigrés."

Nahum Goldmann

extrait de Memories, the autobiography of Nahum Goldmann, Weidenfeld and Nicolson, London, 1970, p 202.

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