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Vendredi 2 Mai 1997

 

PATRICE MUGNY

 

Marcher ou mourir!

 

Le sort des dizaines de milliers de réfugiés rwandais au Zaïre bouleverse certaines consciences tout en demeurant une affaire qui reste à bien des égards insoluble, tant se mélangent dans cette histoire des intérêts différents.

 

Leur première émigration remonte à trois ans, lorsqu'ils ont fui au Zaïre l'avancée des troupes de l'actuel gouvernement rwandais (principalement constituées de Tutsis), qui ont occupé le pays au moment du génocide perpétré par des Hutus extrémistes contre les Tutsis et des Hutus modérés. La confusion a ensuite été totale et constante puisque les génocidaires non seulement s'étaient mêlés massivement aux réfugiés mais avaient pris le contrôle des camps établis au Zaïre sous la protection de l'armée française. Laquelle avait précédemment soutenu le régime du président Habyarimana, duquel les génocidaires étaient fort proches.

 

Ces camps servant aussi, avec l'appui de Mobutu, de base arrière pour des incursions hutues au Rwanda, le gouvernement de ce pays a participé à l'émergence de la rébellion actuelle contre le dictateur zaïrois, rébellion qui n'a pas hésité à attaquer ces camps de réfugiés dans lesquels se cachaient donc également des milices hutues.

 

Si, depuis, la majorité de ces réfugiés a regagné le Rwanda, quelque 300 000 personnes ont fui à l'intérieur du Zaïre. Ils se sont rapidement vus pris en tenaille entre les génocidaires et leurs alliés d'un côté et, de l'autre, des troupes qui relevaient -au moins formellement- de l'autorité de Laurent-Désiré Kabila, le probable prochain maître du Zaïre.

 

Cette affaire montre une fois de plus à quel point il est difficile de décrypter la réalité. Mobutu est un dictateur que n'importe quelle personne soucieuse de démocratie et de respect des droits humains souhaite voir au moins disparaître de la scène politique. Une rébellion contre ce personnage sanguinaire ne pouvait que susciter des espoirs pour l'avènement d'une société plus juste dans un des pays de cette région des grands lacs, véritablement sinistrée depuis des lustres.

 

Il a fallu rapidement déchanter et surtout espérer que les forces politiques qui oeuvrent pour l'arrivée au Zaïre d'une véritable société pluraliste seront assez fortes pour éviter le remplacement d'un despote par un autre autocrate.

 

En attendant, jour après jour, des dizaines de milliers de réfugiés continuent de marcher sur les routes zaïroises. Quant aux autres, pour reprendre une phrase d'un journaliste français, ils "répondent au souhait plus ou moins clairement exprimé de leurs bourreaux de tous bords: ils meurent"1.

 

 

 

1 Thomas Sotinel, dans Le Monde d'hier.

 

 

 

 

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