Jeudi 19 juin 1997
SOLIDARITÉ
La Kosove reste une bombe que l'Europe peut désamorcer
Selon le président du Parti démo-chrétien de Kosove, la situation politique de sa province serait exacerbée par l'arrivée des Kosovars refoulés d'Europe.
"La présence de réfugiés kosovars en Suisse et en Europe est une conséquence de la situation dans les Balkans. Ils ne sont pas responsables de la stratégie serbe visant à modifier la base ethnique de la Kosove." En quelques mots, Mark Krasniqi, président du Parti démocrate-chrétien albanais de Kosove, a clairement cerné le problème, lors de sa récente tournée en Suisse. Invité à un repas à l'Université populaire albanaise de Genève, il a dressé un tableau de la situation dans sa province occupée par les forces serbes. Il a aussi encouragé les Kosovars en exil à s'organiser pour défendre leurs droits.
D'emblée, le président démo-chrétien a remis les choses à leur place. "La lutte pour l'indépendance et la liberté en Kosove n'est pas une menace pour les Balkans, c'est plutôt l'occupation serbe et la politique de purification ethnique à froid qui crée les problèmes". C'est si vrai que lors des dernières élections parallèles organisées clandestinement pour nommer un parlement représentatif de la population de la province, des sièges ont été réservés pour 14 délégués serbes...
Pour Mark Krasniqi, la revendication fondamentale du mouvement d'indépendance kosovar reste le droit à l'autodétermination totale du peuple et non une simple autonomie de la province au sein de la Serbie. Sans mâcher ses mots, le militant estime même que "ceux qui proposent ou acceptent l'autonomie au sein de la Serbie préparent en fait une guerre dans l'Europe du sud-est". A ce niveau, il se dit extrêmement "déçu" des grandes puissances. Ces dernières, "incapables d'aider" à trouver une solution équitable, sont aussi jugées "responsables" de la situation et de son développement futur. La seule concession momentanément acceptable que le président démo-chrétien entrevoit serait de fonder une confédération entre la Serbie, le Monténégro et la Kosove, cette nouvelle forme d'Etat devant toutefois mener, à terme, à l'indépendance complète de sa région.
LES PROBLÈMES S'EXACERBENT
La situation s'aggrave donc chaque jour, analyse-t-il. En réponse, "il est normal que les jeunes luttent autrement, car la jeunesse voit plus loin, elle joue son avenir", estime le militant kosovar, avant d'imaginer qu'"elle va peut-être radicaliser le combat".
De même, il juge que le retour des réfugiés d'Europe ne peut être accepté par les forces serbes parce qu'il contrecarrerait leurs projets de purification ethnique. Et tendrait encore un peu la situation politique. Sans parler du désastre pour l'économie de la province que représenterait l'arrivée de 300 000 personnes ne trouvant pas de travail. Le président du Parti démocrate-chrétien s'est donc dit "très reconnaissant" de la solidarité manifestée envers les requérants kosovars déboutés et s'est engagé à mobiliser ses membres en Suisse pour qu'ils renforcent les actions des organisations se battant contre les renvois de ses compatriotes.
MICHEL SCHWERI
Sur cette trame politique, il se déclare prêt à promouvoir le dialogue pacifique pour atteindre son but, mais "sans sacrifier les valeurs de fonds du peuple". "Les Kosovars sont patients, ajoute-t-il, puisqu'ils sont dans leur maison, mais il ne faut pas confondre pacifisme et passivité". Or constate-t-il, "depuis les événements en Albanie, les autorités serbes sont devenues plus habiles pour continuer à imposer leur présence".
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