Vendredi 20 juin 1997
RAPPORT DE VOYAGE
"En Bosnie-Herzégovine, il y a toujours une maison qui manque"
De retour de Bosnie, une délégation juge impossible de renvoyer les réfugiés bosniaques car la liberté d'établissement n'existe pas, même au sein de chacune des trois parties du pays.
La persévérance est le propre de l'association "Action parrainage de requérants d'asile", qui soutient les réfugiés bosniaques menacés d'un prochain renvoi dans leur pays dévasté. D'autant que les autorités suisses font la sourde oreille à ses arguments. En effet, le 24 mars, "Action parrainage", se basant sur des témoignages de Bosniaques résidant à Genève, avait écrit une longue lettre au Conseil fédéral pour lui demander de renoncer aux renvois par la contrainte, prévus dès septembre. Résultat: pas de réponse, ni même d'accusé de réception.
Poursuivant son combat, l'association, alliée au secteur "réfugiés" du Centre social protestant, vient d'envoyer un nouveau rapport de douze pages au Conseil fédéral -ainsi qu'aux élus nationaux et genevois- basé cette fois sur une enquête menée entre le 1er et le 8 juin dans la partie musulmane de la Bosnie. Cette délégation de trois personnes était en outre accompagnée d'un médecin de l'Unité des voyages et migrations de l'Hôpital cantonal qui rendra, lui, un rapport ultérieur sur la situation sanitaire.
Au cours de leur mission, les quatre voyageurs ont rencontré des responsables locaux d'organismes internationaux, comme le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou la Croix-rouge, des membres d'organisations non gouvernementales et des familles de réfugiés résidant à Genève. D'emblée, la délégation précise que les conclusions du rapport sont en dessous de la réalité puisqu'elle n'a eu accès qu'aux endroits les plus ouverts de Bosnie, comme Sarajevo ou Tuzla.
LES MAISONS MANQUENT
Les déplacements massifs sont tels que des "communes en exil" apparaissent. La population musulmane de certaines villes passées sous autorité serbe ou croate s'est ainsi regroupée autour de la plus proche commune située après la ligne de démarcation.
La délégation genevoise a rencontré une dizaine de familles bosniaques déplacées et relogées dans des habitations appartenant à des tiers. "Elles ne peuvent donc se considérer comme réinstallées puisque le retour du propriétaire signifiera pour elles un nouveau déplacement", écrit-elle. Et continue en précisant que "certaines de ces familles ont déjà reçu la visite dudit propriétaire, comme, par exemple, tel réfugié en Allemagne qui prévoit son retour prochain". La réinstallation des uns implique donc toujours le déplacement des autres. En fin de compte, "il y a toujours une maison qui manque", résume le rapport.
CHOIX INTERDITS
Le rapport note donc que "même à l'intérieur de la partie musulmane de la Fédération, les personnes n'ont désormais plus le choix de s'établir là où elles le souhaitent, contrairement aux affirmations des autorités suisses qui préconisent que le retour dans les zones où leur communauté est majoritaire peut être exigé par les rapatriés".
De plus, les réfugiés de retour au pays doivent encore s'acquitter d'un impôt spécial au titre de contribution à l'effort de guerre. Cette taxe se monte à 150 marks allemands par mois d'absence, alors que le salaire mensuel moyen, perçu par les 30% de la population qui ont un emploi, n'atteint que 250 DM.
Il va sans dire que, sur cette base, les délégués genevois maintiennent fermement leur demande au Conseil fédéral de renoncer aux renvois forcés des Bosniaques et aux cantons de ne pas exécuter ces refoulements.
MICHEL SCHWERI
Le principal problème réside dans le déplacement, du fait de la guerre et de la politique d'épuration ethnique, d'environ 50% de la population. Ainsi, la moitié du pays se trouve temporairement installée dans les bâtiments encore debout. "Entre 40 et 60% du bâti serait entièrement détruit ou gravement endommagé, relève le rapport, ce pourcentage pouvant atteindre 80% dans certaines régions."
Face à ces problèmes -encore aggravés par l'arrivée des soldats démobilisés-, des municipalités ont introduit des réglementations "qui limitent drastiquement la liberté d'installation". Certaines "n'acceptent que l'enregistrement de personnes originaires de la commune", d'autres acceptent tout le monde "à la condition que ces personnes aient au préalable une solution concrète d'hébergement".
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