Mercredi 12 Mars 1997
SOLIDARITÉ
Qu'advient-il des Kurdes de Turquie réfugiés
dans le camp d'Atrush?
A la suite du retrait du HCR du camp d'Atrush, des
familles kurdes d'orgine turque s'enfoncent en Irak. Dans quelles
conditions vivent les autres familles? Réponse floue du
HCR.
Quelque 340 familles kurdes de Turquie ont quitté
récemment Atrush, un camp de réfugiés du
nord de l'Irak, devenu trop dangereux à la suite du retrait
du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés
(HCR) fin février.
Elles se sont rendues plus au Sud, à Ain Sufni,
dans une zone proche de Mossoul, sous contrôle du gouvernement
irakien. Celui-ci vient de les accepter et procédera à
des entretiens individuels en présence du HCR qui a pris
en charge les réfugiés. Cette migration de près
de 1350 personnes fait rebondir la crise qui secoue le camp d'Atrush
depuis décembre. Elle a notamment provoqué, en janvier
dernier, une grève de la faim de militants kurdes à
Genève.
En fait, ce départ arrange et dérange
le HCR. Il estime que sa mission est devenue impossible auprès
des 14 000 réfugiés du camps d'Atrush, massivement
arrivés durant l'année 1994, en provenance d'une
zone du Kurdistan turc sous influence du PKK (Parti des travailleurs
du Kurdistan). En effet, à Atrush, un "tout petit
nombre de militants activistes [kurdes, ndlr] détient en
quelque sorte les familles en otage", indique Mme Shinohara
du service d'information du HCR. Le 21 décembre, c'est
vers le Nord de l'Irak que le HCR demandait le déplacement
du camp. Là, deux petits camps de transit (Muqibla et Balkus)
devaient permettre à chaque famille de décider -ou
non- de rentrer en Turquie.
ACCORD NON TENU
Reste qu'aujourd'hui, après la fuite des premières
familles vers Mossoul, des milliers de réfugiés
attendent dans ce camp que le drapeau du HCR ne protège
plus. A Genève, le Comité du Kurdistan le dénonce
ce retrait de la bannière comme une trahison de l'accord
de principe du 24 janvier, qui avait mis un terme à la
grève de la faim: le drapeau devait rester en place jusqu'à
ce qu'une solution tolérable soit trouvée. Pour
le Comité du Kusdistan, le transfert dans les camps du
nord était -et reste- inacceptable: les deux lieux retenus,
bien que sur territoire irakien, sont situés dans une zone
où l'armée turque mènerait régulièrement
des opérations militaires.
Pourquoi cet abandon de la part du HCR? "Nous
avons obtenu l'assurance que le camp ne serait pas attaqué",
explique Mme Shinohara. L'assurance du gouvernement turc et des
"autorités locales", le Parti démocratique
du Kurdistan irakien. Précisons que tous les deux sont
des ennemis déclarés du PKK, présent dans
le camp d'Atrush.
Mais il y a plus surprenant. Le HCR ne sait même
plus combien de familles demeurent dans ce camp. Pourtant, depuis
le début de la crise, l'agence de l'ONU se veut rassurante:
"Nous n'abandonnons pas les réfugiés, la plupart
d'entre eux étant des femmes, des enfants et des vieillards.
Ils ne seront pas forcés de retourner en Turquie."
Même si, finalement, le HCR a fait une croix sur Atrush,
la situation s'étant progressivement détériorée
au point que les délégués ne sont plus en
sécurité.
FRANÇOIS JUNG
Pressions turques?
Une délégation de parlementaires suisses
s'est rendue auprès de Mme Ogata, Haut Commissaire aux
réfugiés, à la suite de la grève de
la faim des Kurdes à Genève. "Le seul point
que nous ayons obtenu, c'est que le drapeau du HCR continue à
protéger le camp", explique Mme Blanc-Kuhn, députée
socialiste au Grand Conseil genevois. Mais autre chose l'a étonné:
la présence de quelques personnes politisant un camp justifie-t-elle
le retrait du HCR? "Il me semblait qu'en cédant, le
HCR ne remplirait plus sa mission de protection des réfugiés
et que cela créerait un grave précédent",
souligne la députée genevoise. Et de rappeler le
cas d'un camp de la région des Grands Lacs contrôlé
militairement par des Hutus extrémistes. "Le HCR avait
dit qu'on ne pouvait pas abandonner pour cette raison-là
des femmes et des enfants; je ne vois pas la différence
avec Atrush." Pourtant, "Mme Ogata nous a d'emblée
expliqué que ce retrait est notamment intervenu à
la suite de pressions du gouvernement turc. Nous étions
étonnés qu'elle en convienne aussi rapidement."
FJG
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