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Jeudi 17 Avril 1997

ASILE

"Le retour des Kosovars n'est pas possible actuellement"

Les défenseurs des droits de l'homme en Kosove auprès de l'ONU critiquent la signature et l'application des accords de réadmission signés par Belgrade.

Depuis le 3 mars, les requérants d'asile déboutés en provenance de Kosove sont en ébullition car les autorités suisses ont avalisé, ce jour-là, l'accord de réadmission signé avec Belgrade. Le renvoi de quelque 12 000 Kosovars de Suisse devrait commencer cet été. Lors d'une soirée publique, le 10 avril1, trois délégués du Conseil de défense des droits de l'homme et de liberté de Kosove siégeant à la commission des droits de l'homme de l'ONU ont exposé leur position sur la question des réfugiés et de cet accord.

Sans ambages, Ymer Jaka, délégué à l'ONU, se prononce pour le retour des réfugiés kosovars dans leurs foyers. S'ils sont partis, "ce n'est pas par plaisir", remarque-t-il, car un passage en Europe peut coûter jusqu'à 5000 DM alors que le salaire mensuel d'un professeur avoisine les 120 à 150 DM. Le prix d'un seul voyage permet donc à une famille de vivre plusieurs années au pays. La cause de l'exil est plutôt à rechercher dans la "stratégie silencieuse de purification ethnique des Albanais en Kosove" appliquée par les autorités serbes, explique le professeur Jaka. Cette politique perdurant -et même se renforçant-, les conditions ne sont maintenant pas réunies pour assurer une vie normale sur place. De façon prémonitoire, Ymer Jaka annonce que "les gens rentreront d'eux-mêmes en Kosove quand ils le pourront, sans que la Suisse doive les expulser". Le Conseil de défense des droits de l'homme rejette donc les accords de réadmission signé par Belgrade et demande de reporter les renvois.

RENVOI OU ALLER-RETOUR?

Plus concrète, Mimoza Ahmeti, elle aussi déléguée à la session de l'ONU, révèle que les premiers réfugiés renvoyés d'Allemagne n'ont pas pu sortir de l'aéroport de Prishtina. Des familles et des handicapés ont ainsi simplement fait un aller-retour. Par ailleurs, des opposants connus refoulés par ce pays ont été tabassés par la police serbe dès leur descente d'avion. Enfin, la loi d'amnistie passée par la Serbie ne concerne que les réfractaires et déserteurs enrôlés avant 1995. Le recrutement de jeunes Kosovars par les forces serbes a repris depuis, alors que la ségrégation au sein de l'armée n'est pas réglée, créant une nouvelle cause d'exil.

Poursuivant l'explication, Ueli Leuenberger, directeur de l'Université populaire albanaise, a donné, ce même soir, la position des défenseurs des droits de l'homme en Suisse. Comme Ymer Jaka, il plaide pour le retour des réfugiés dans la dignité et la sécurité, mais il ne pense pas que le Gouvernement de Milosevic soit réellement d'accord de reprendre les 350 000 Kosovars présents en Europe. Ce retour massif ne pourrait que contrarier les projets de purification ethnique de la province, considérée comme le "berceau" de la Serbie.

Selon M. Leuenberger, l'accord signé par l'Allemagne est intervenu afin de permettre la reprise du commerce avec la Serbie. En Suisse, ce serait plutôt la perspective de débloquer ses comptes bancaires qui aurait poussé Belgrade à signer l'accord de réadmission. Mais cela n'était possible que si la Serbie, "clamant que la Kosove fait partie de la République fédérale de Yougoslavie", acceptait de reprendre "ses" ressortissants.

Jacques Mino, de la section genevoise de la Ligue suisse des droits de l'homme, critique également les modalités des refoulements. Pour lui, le droit à la vie n'étant pas garanti en Kosove, aucun renvoi n'est acceptable. Mais d'annoncer, lui aussi, que "quand les droits fondamentaux seront respectés en Kosove, nous aiderons les Albanais à rentrer chez eux".

MICHEL SCHWERI

1 Voir le Courrier du 12 avril.

Prochaines manifestations de solidarité avec la Kosove et les Kosovars déboutés, les jeudis 17 et 24 avril, de 18 à 19 h, sur la place de la Fusterie.





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