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Samedi 18 Juin 1994

ISABELLE DUCRET

La stratégie fait de l'ombre à l'éthique

Difficile, la tâche de la Fédération des Eglises

protestantes de Suisse (FEPS) mandatée pour traiter des

sujets politiques ou/et éthiques qui interpellent les

Eglises réformées. Premier objet de prudence: les prises de

position entraînent parfois des conséquences inattendues.

Notamment le refus de certains réformés de payer leur

contribution ecclésiastique en cas de désaccord, explique

avec franchise Mme Henriette Hartmann, présidente de

l'assemblée de la FEPS.

Deuxième motif de précaution: les dernières votations,

renforcées par d'autres précédents, révèlent à la FEPS que

ses recommandations ne sont pas souvent suivies par les

citoyens. Un fait qui conforte l'opinion de M. Raymond de

Rham, membre du Conseil de la FEPS, sur l'inutilité des mots

d'ordre publics. "Il est préférable d'insister sur la

démarche plutôt que sur la conclusion. Il me semble que les

simples prises de position amènent davantage la colère des

opposants et la démission des hésitants", insiste-t-il.

La FEPS n'a pas pour habitude d'intervenir sur les

référendums, à l'exception, honorable mais sans risque de

polémique, de la loi contre le racisme. Exception? Pourtant,

le référendum contre les mesures de contrainte envers les

étrangers n'a pas laissé la Fédération indifférente. "Nous

avons toujours résolument combattu la loi. Il est vrai, en

revanche, que nous ne soutenons pas le référendum, selon un

raisonnement tenu par l'Entraide protestante (EPER), l'une

des branches de la FEPS. L'EPER estime que le débat soulevé

par la démarche référendaire risque d'amener à un vote

populaire massif en faveur de la loi. Un effet pire que la

situation initiale". Cet argumentaire a été réalisé avant le

lancement du référendum, M. de Rahm le reconnaît. Or, le

document est actuellement très largement diffusé, alors que

le contexte s'est modifié. Ne pas soutenir le référendum et

inciter d'autres à suivre cette recommandation, n'est-ce pas

justement un mot d'ordre? "Il nous semble toujours

préférable pour les étrangers que la votation populaire

n'ait pas lieu. Nous reprendrons position contre la loi au

cas où la démarche des référendaires aboutiraient", se

défend M. de Rahm. A nouveau un mot d'ordre?

L'organisme d'Eglise a choisi la stratégie politicienne à

l'égard des mesures de contrainte envers les étrangers qui

représente pourtant une violation évidente des droits

fondamentaux. Si une affirmation claire des principes

éthiques ne lui paraît pas un argument suffisant dans ce

cas-là, pour quelle autre question pourront-ils être

invoqués?


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