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Samedi 16 Juillet 1994

RÉFUGIÉS

Un requérant d'asile zaïrois a porté son cas devant un comité de l'ONU

Grande première pour la Suisse, un candidat à l'asile

débouté est intervenu auprès du Comité contre la torture qui

a jugé que la Suisse ne pouvait pas le renvoyer au Zaïre.

Le Comité est d'avis que, dans les circonstances actuelles,

la Suisse a l'obligation de ne pas expulser Balabou Mutombo

vers le Zaïre, ou vers un autre pays où il court un risque

réel d'être expulsé ou refoulé vers le Zaïre, ou d'être

soumis à la torture". C'est rien moins que le Comité contre

la torture des Nations Unies qui a rendu cette sentence en

avril dernier.

En effet, fuyant la répression au Zaïre, M. Balabou

Mutombo est arrivé en Suisse le 7 août 1990. Il y a déposé

une demande d'asile le lendemain. Membre des forces armées

zaïroises, le requérant s'était affilié en 1988

clandestinement à l'"Union pour la démocratie et le progrès

social" de M. Etienne Tshisekedi. Et bien que ce dernier

soit devenu le chef du gouvernement depuis, son parti reste

en conflit violent avec les partisans de M. Mobutu, chef de

l'Etat. Depuis que M. Mutombo a quitté son pays, la

situation politique et sociale n'a fait que se dégrader. Au

point que les trois pages consacrées au Zaïre dans le

dernier rapport d'Amnesty International recensent de

nombreux crimes, exécutions extrajudiciaires, disparitions,

arrestations et autres tortures perpétrés par les forces du

président/dictateur.

PROCÉDURE NATIONALE

Pourtant, les autorités fédérales ont rejeté la demande

d'asile de M. Mutombo en janvier 1992 et ordonné son renvoi.

Depuis, il a mis en oeuvre toutes les possibilités

juridiques de recours pour rester en Suisse. Mais aucune n'a

abouti. Il aurait dû finalement quitter la Suisse avant le

17 octobre 1993.

C'est alors que - grande première pour la Suisse -

M. Mutombo, aidé d'un avocat, a saisi le Comité contre la

torture institué par les Nations Unies en vertu de la

Convention contre la torture et autres peines ou traitements

cruels, inhumains ou dégradants. Le 18 novembre 1993, le

recourrant a ainsi accusé la Suisse de ne pas respecter

l'article 3 de cette Convention qui interdit de renvoyer une

personne vers un Etat où "il y a des motifs sérieux de

croire qu'elle risque d'être soumise à la torture".

Un mois plus tard, le Comité invitait la Suisse à se

prononcer sur le fond du litige et à ne pas expulser le

requérant tant que la procédure n'aurait pas abouti à une

conclusion. Demandes que la Confédération a admise au début

mars 1994 étant donné que toutes les procédures internes

avait été épuisées par le requérant, acceptant ainsi l'effet

suspensif durant le traitement du recours. Par la suite, le

20 avril, l'avocat du candidat à l'asile a pu encore se

prononcer sur les arguments avancés par la Suisse.

CONSIDÉRANTS

Sur cette base, le Comité contre la torture a statué le

27 avril 1994, au cours d'une session tenue à Genève. Il a

considéré que même si des doutes peuvent exister quant aux

faits présentés par le requérant, l'Etat signataire de la

Convention doit "veiller à ce que la sécurité du requérant

ne soit pas mise en danger".

Par ailleurs, l'argument de la Suisse qu'il ne suffit

pas que les droits de l'homme soient violés "en général"

dans un pays, mais que le requérant doit être

personnellement en danger pour lui octroyer l'asile a été

"retourné" par le Comité qui note que l'"absence de

violations systématiques et flagrantes des droits de l'homme

ne signifie pas qu'une personne en particulier ne risque pas

d'être soumise à la torture".

Dans le cas d'espèce, le Comité a admis que le renvoi au

Zaïre de M. Mutombo l'exposait à un risque réel d'être

torturé, et, qu'en plus, la Commission des droits de l'homme

de l'ONU est "gravement préoccupée" des violations des

droits de l'homme au Zaïre. D'autre part, ce dernier pays

n'étant pas signataire de le Convention, le requérant

expulsé n'aurait plus la possibilité juridique de demander

la protection du Comité contre la torture. En conclusion, ce

dernier a admis que le refoulement de M. Mutombo vers le

Zaïre constituerait une violation par la Suisse de

l'article 3 de la Convention contre la torture des Nations

unies.

Pour le moment, M. Mutombo est toujours en Suisse. Et

les autorités fédérales ne statueront pas sur ce cas d'école

avant l'automne.

MICHEL SCHWERI


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