Mercredi 22 Janvier 1997
BILLET
Sretan Bozic i Nova godina
Dans le flot des cartes de voeux que la rédaction
a reçu ces dernières semaines, celle d'Adis sort
du lot puisqu'elle nous souhaite un "Sretan Bozic i Nova
godina" en provenance de Sarajevo. En effet, Adis Bjelanovic,
le petit Bosniaque dont nos lecteurs ont pu suivre les aventures
durant son séjour à Genève, est reparti dans
son pays, ou plutôt ce qu'il en reste.
Le 11 novembre 1993, Adis, neuf ans, était
évacué de Sarajevo par "Médecins sans
frontières" après l'explosion d'un obus dans
sa salle de classe. Il a d'abord été soigné
à Rome, mais sa famille n'a pas voulu rester en Italie
en raison d'un possible manque de soins pour l'enfant.
Le 15 novembre 1994, cette famille meurtrie a déposé
une demande d'asile à Genève. Adis a été
admis à l'hôpital cantonal où les médecins
ont réussi à reconstituer les jambes du petit garçon.
Il a ensuite été scolarisé. Mais Berne a
refusé l'asile à cette famille, au motif qu'elle
avait pu séjourner "librement" en Italie durant
une année. Finalement, grâce à la mobilisation
d'amis et d'enseignants, relayée par Martine Brunschwig-Graf,
le Conseil d'Etat a "toléré" la présence
d'Adis à Genève à titre humanitaire, tandis
que les médecins lui rendaient l'usage de ses jambes.
A la fin de la guerre en Bosnie et après les
élections, les autorités de Sarajevo ont annoncé
la réquisition des maisons vides de la ville pour y loger
des réfugiés intérieurs. Le risque d'être
spoliés de leur seul bien a décidé les parents
d'Adis de retourner au pays.
Adis continuera donc sa vie à Sarajevo, où
l'on espère que ses souffrances -et celles de milliers
d'innocents- serviront de ciment à la société
civile pour s'opposer aux belliqueux de tous bords et ainsi éviter
un nouveau bain de sang.
Salut Adis.
Michel Schweri
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