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Samedi 16 Septembre 1995

SOLIDARITÉ

La vie meurtrie d'Adis mobilise ses amis

Après une explosion dans sa classe à Sarajevo, Adis est soigné à Genève. Mais il a reçu un ordre d'expulsion.

Adis est un enfant de 11 ans, de Sarajevo. Mais pour l'heure, il est à Genève où il est soigné en raison de très graves blessures de guerre. En effet, le 9 novembre 1993, un obus a explosé dans sa salle de classe, décapitant sa maîtresse et tuant nombre de ses camarades. Adis a eu de la "chance", seules ses jambes ont été déchiquetées...

Evacué deux jours plus tard en Italie par Médecins sans frontières, Adis a été soigné à Rome. Il a été hospitalisé une année, durant laquelle il a subi plus de dix opérations. Dans ce combat pour la vie, il était accompagné par sa mère et sa soeur. Son père était d'abord resté dans la capitale bosniaque, mais il a finalement pu rejoindre sa famille à Rome en juillet 1994.

EN SUISSE

En novembre 1994, Adis a pu quitter l'établissement hospitalier italien, mais sans avoir retrouvé l'usage de ses jambes et, surtout, sans solution d'avenir. L'asile aurait pu être demandé par la famille, mais les réfugiés auraient été logés dans une caserne près d'Udine ne garantissant aucunement le suivi médical nécessité par l'état d'Adis. Aussi, la famille s'est rendue en Suisse où elle s'est présentée aux autorités le 15 novembre dernier pour y demander l'asile.

Adis a été admis à l'hôpital cantonal de Genève en raison d'une infection. Il a subi encore deux interventions chirurgicales et un traitement aux antibiotiques. Mais, en mars 1995, la Confédération a refusé d'octroyer sa protection à cette famille.

Et il est vrai qu'en regard de l'application stricte de la loi sur l'asile, Adis et les siens n'y auraient pas droit. Ils ont en effet pu séjourner "librement" en Italie durant un an. Ils ont tout de même déposé un recours, demandant à pouvoir rester en Suisse au bénéfice d'une admission provisoire afin de poursuivre le traitement d'Adis. Statuant toujours sur les dispositions de la loi sur l'asile, la Commission de recours a confirmé la décision négative et a donné à la famille un délai de départ au 15 septembre.

CAS HUMANITAIRE

Mais le cas d'Adis n'est pas à traiter selon la procédure d'asile, il ressort plutôt de l'humanitaire. En effet, entre novembre 1994 et mars 1995, les médecins genevois ont pu mettre en route un traitement en deux phases, qui serait précisément interrompu par un changement d'établissement hospitalier. D'autant que le travail de l'hôpital genevois produit des miracles. En avril 1995, Adis tenait sur ses jambes avec des béquilles. Maintenant, il arrive se déplacer sans cannes.

Son admission dans une classe de l'école à Genève lui a également permis de retrouver confiance et de réapprivoiser ce lieu, encore synonyme de cauchemar il y a peu.

Les amis d'Adis, ainsi que des médecins, rappellent en outre que la famille a été fortement éprouvée par cette catastrophe. Et que la renvoyer maintenant repoussera d'autant la possibilité pour elle de retrouver une certaine paix intérieure.

Mais la loi sur l'asile ne connaît pas vraiment la compassion. C'est pourquoi les amis d'Adis ont décidé de s'adresser à Martine Brunschwig Graf, présidente du Département de l'instruction publique, pour qu'elle jette ses forces dans ce combat. Un "Appel aux autorités genevoises" lui a été adressé afin que "les mesures de renvoi ordonnées par la Confédération soient suspendues et qu'un statut honorable et respectueux de la dignité humaine soit accordé à Adis et à sa famille".

L'école saura-t-elle convaincre le Département de Justice et police, dont dépend la décision finale?

MICHEL SCHWERI

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