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Jeudi 12 juin 1997
JOURNÉE DES RÉFUGIÉS
Une marche pour sauver le droit au refuge en Suisse
De nombreuses associations organisent une manifestation samedi pour que Genève refuse d'exécuter les refoulements de requérants décidés par Berne.
"Nous n'avons pas le droit de nous taire, nous n'avons pas le droit d'être indifférents". Ces paroles de Maurice Gardiol, responsable de l'Aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d'asile, résument les sentiments qui animent aujourd'hui l'ensemble des défenseurs du droit d'asile. Elles expliquent aussi pourquoi ils organisent samedi prochain, lors de la traditionnelle journée des réfugiés, une manifestation de protestation contre la politique de la Suisse en matière d'asile.
Car la liste des griefs est longue. Au point qu'Yves Brutsch, du Centre social protestant, annonce que "cette manifestation gagne chaque jour en actualité". En effet, la Suisse connaît aujourd'hui un nombre record de requérants d'asile en instance de renvoi. La toute récente confirmation, par le Conseil fédéral, du refoulement de 5000 Bosniaques sans enfant -puis des familles en été 1998 (environ 10 000 personnes)- est ressentie comme une provocation. En effet, alors que l'Allemagne s'est rendue aux arguments du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et a renoncé à renvoyer les Bosniaques qui devraient réintégrer des zones de Bosnie où ils seraient ethniquement minoritaires, la Suisse persiste dans sa volonté de les expulser. Elle devient ainsi le pays le plus dur d'Europe dans ce domaine. La Confédération a même reconnu qu'elle userait des mesures de contrainte pour assurer les refoulements.
SURSEOIR AUX RENVOIS
Pour les Kosovars, la situation n'est pas meilleure. D'un côté la Suisse discute avec le président serbe Milosevic, inculpé de crimes de guerre et contre l'humanité, et de l'autre, elle persiste à renvoyer les 12 000 requérants d'asile kosovars vers leur province occupée et frappée d'apartheid précisément par les forces serbes. Selon les autorités fédérales, des milliers de Tamouls peuvent également rentrer dans leur région en proie à une guerre civile.
Contre ces remises en causes du droit d'asile, les défenseurs de ce dernier ont écrit au Grand conseil genevois en début de mois pour l'enjoindre à ne pas exécuter ces renvois. Ils ont également demandé à la Confédération d'annuler ces décisions de refoulements.
Pour joindre le geste à la parole, les militants de l'asile ont transformé la journée des réfugiés de cette année -d'habitude conçue comme un moment de rencontre convivial entre Suisses et immigrés- en une marche de protestation pour crier aux autorités que leur politique envers les requérants d'asile n'est pas admissible. Le cortège partira de la Treille samedi 14 juin à 14 h. Les manifestants s'arrêteront en trois points symboliques, soit devant le buste de Henry Dunant, créateur de la Croix-rouge, devant la synagogue afin de rappeler les errements des institutions suisses d'il y a 50 ans, puis au pied de la tour du Molard, devant le bas-relief commémorant "Genève, cité du refuge". Dès 15 h 30, la fête continuera au Jardin anglais où des stands et de la musique attendront les citoyens ne voulant pas être complice des renvois programmés.
MICHEL SCHWERI
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