COMMENTAIRE
Isabelle Ducret et Olivier Chavaz
Une interdiction, c'est une interdiction!
Difficile choix. L'urne ne permet pas un vote en nuances. Il faut se décider: c'est oui ou c'est non. Et ce ne sont pas les positions ultra caricaturales des deux camps engagés dans la bataille qui arrangent les choses. Au lieu d'une information saine et sereine, ils ont rapidement dérapé sur le terrain démagogique, brandissant pareillement le spectre de la peur. Soit en invoquant de potentiels dérapages de manipulations créant des créatures monstrueuses ou des catastrophes écologiques à très grande échelle. Soit en prédisant la fin du progrès dans les domaines médical ou agricole, entraînant des morts humaines qui auraient pu être évitées.
En fait, l'initiative, en abordant d'un coup l'ensemble des enjeux du génie génétique, ne sert pas sa cause. L'intention est bonne, la forme inadéquate. Et ce, pour plusieurs raisons.
D'abord, mélanger la recherche médicale, la dissémination d'organismes modifiés dans l'environnement et l'octroi de brevet présente un maelström peu constructif. Cette initiative aurait dû être refusée pour manque d'unité de la matière. Car on peut très bien approuver l'une ou l'autre de ces dispositions et se trouver coincé par la troisième.
Ensuite, formuler de façon aussi intransigeante des interdictions pose un grave problème. Les termes employés, dans un article constitutionnel rappelons-le, sont très importants. Interdire, c'est interdire. Si les initiants voulaient des exceptions, ils auraient dû les signaler tout de suite. Et non pas nuancer leurs propos, comme cela s'est souvent entendu pendant la campagne. Une question de cohérence. Car s'il s'agit de faire passer un texte précis, de demander au peuple de l'approuver, pour après en changer la teneur, le processus est biaisé d'avance et politiquement indéfendable. Et le citoyen risque de ne pas être consulté pour ces changements à venir.
Nombreux encore sont ceux qui soutiennent l'initiative au nom de l'urgence de marquer un coup. Il s'agit de tout stopper, pour prendre le temps de mesurer l'énorme enjeu du génie génétique, quitte à revoir la législation dans vingt ans, quant on en saura plus. Et la Suisse montrerait ainsi l'exemple aux autres nations.
L'exemple, quel exemple? Celui d'une loi constitutionnelle qui ferme toutes les portes en édictant des interdits? Piètre modèle... Le débat sera clos. Et on se retrouvera au même stade qu'aujourd'hui pour remettre l'ouvrage sur le métier lorsque de nouveaux initiants lanceront une tentative de réforme de l'article.
En fait, la troisième voie (voir article en page3) propose une alternative plus intéressante. En se basant sur la législation en vigueur -l'article 24 novies de la Constitution voté en 1992 par le peuple qui protège la dignité de l'homme et de la créature (animal et plante)-, il est possible de justement mûrir la réflexion.
Et de prendre le temps d'intervenir sur le paquet "Gen-Lex", actuellement aux Chambres, pour renforcer le contrôle des applications des technologies génétiques. Des discussions pourront être menées les yeux grands ouverts, avec la participation d'une population désormais consciente des enjeux.
Cette démarche n'est possible que si l'initiative est rejetée.
Ce commentaire reflète la position d'une partie des journalistes de la rédaction. Voir également l'Exergue.