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Vendredi 8 Mai 1998

"Le vin transgénique arrive aux portes des carnotzets"

Les partisans de l'initiative "Pour la protection génétique" dénoncent des manipulations touchant la vigne.

Exactement un mois avant la votation fédérale, les partisans de l'initiative "Pour la protection génétique" ont organisé hier un point de presse dans le carnotzet du vigneron Willy Cretegny, installé à Satigny, dans la campagne genevoise, et adepte d'une production biologique. Il s'agissait d'attirer l'attention sur l'introduction de plants de vigne génétiquement modifiés censés combattre la maladie du court-noué. "On tente ainsi de juguler un fléau qui n'en est pas un par des méthodes extrêmes, sans se soucier des conséquences", estime Laurent Duvanel, porte-parole romand de l'initiative.

Le court-noué est un virus (arabis mosaicus) qui se transmet à la vigne par des vers du sol. Il ralentit la croissance de la plante et diminue sa durée de vie. Des chercheurs en biochimie de l'Université de Neuchâtel travaillent depuis 1993 sur l'élaboration de plusieurs espèces résistantes à cette maladie. Des évaluations en pleine terre ont déjà eu lieu à la station fédérale de recherches agronomiques de Changins. "Bien que l'on ne connaisse pas en détail les mécanismes mis en jeu, on sait qu'un gène codant pour la protéine de la coque protectrice du virus, introduit dans les gènes de la plante, perturbe la reproduction du virus et donc affaiblit sa virulence", écrit le responsable de cette recherche, Albert Spielmann, dans un document distribué par les initiants.

Selon Laurent Duvanel, le court-noué ne touche que 5 à 10% du vignoble suisse, principalement dans le Lavaux. "Cette maladie est limitée à certains parchets, ainsi qu'à certains types de sols, argileux surtout. Ces plants transgéniques pourraient modifier certains subtils équilibres du sol, changer la qualité des moûts et, partant, le goût et d'autres propriétés du vin", avertit le porte-parole romand.

Sur la même longueur d'ondes, le vigneron Willy Cretegny voit deux méthodes plus conventionnelles pour combattre le court-noué: "En pratiquant l'assolement ou par un traitement de thermothérapie." S'il est très peu utilisé en viticulture, l'assolement est tout à fait réalisable, à condition de modifier le cadastre viticole suisse, actuellement trop rigide, selon le producteur. Bref, "le vin transgénique est aux portes des carnotzets". Cela constituerait, pour les initiants, une bonne raison de glisser un "oui" dans l'urne le 7 juin.

OCz

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