GÉNIE GÉNÉTIQUE
Les adversaires genevois de l'initiative lancent la campagne
Réunis hier au Centre médical universitaire (CMU), les partisans du génie génétique refusent de "brider" la médecine et préparent des actions.
"La maladie ne désarme pas, ne désarmons pas la médecine!" A Genève, les partisans du génie génétique ont leur slogan. Ils ont donné hier au Centre médical universitaire (CMU) le départ de leur campagne locale contre l'initiative sur la protection génétique. A un peu plus d'un mois du vote du 7 juin, les orateurs, dont tous n'étaient pas médecins, se sont succédés dans la salle de conférence du Décanat de la Faculté de médecine. Son doyen, le PrPeter Suter, a fait remarquer en préambule qu'il était du devoir des chercheurs de "contribuer activement à l'information" du public sur le dossier génétique.
"Le génie génétique, a souligné le DrJean-François Balavoine, spécialiste du SIDA, est à la fonction biologique ce que le plan de l'architecte est à la construction". Le DrBalavoine y voit un outil de diagnostic et de prévention utile pour "connaître les protéines responsables" d'un certain nombre de maladies.
De son côté, la DresseClaire-Anne Siegrist, pédiatre à l'Hôpital des enfants, estime que la "révolution" biotechnologique peut se comparer au bouleversement créé par l'apparition des antibiotiques. Quant au diabétologue Philippe Haldan, il a défendu la nécessité de l'expérimentation animale. L'utilisation de souris transgéniques, a-t-il affirmé, est incontournable. "Elles offrent des modèles de pathologies tumorales humaines", a renchéri le cancérologue genevois Pascal Sappino.
INITIATIVE "INADÉQUATE"
"Certaines réticences sont fondées, d'autres pas", a fait remarquer le DrLaurent Roux, virologue et généticien. Celui-ci a nié que des êtres vivants puissent être brevetés. "Le brevet ne porte pas sur des variétés animales ou végétales, mais sur l'exploitation d'un procédé", a-t-il exposé. L'absence de brevets, selon le Dr Roux, serait même dangereuse parce qu'elle mènerait à l'"établissement d'un secret absolu" sur une partie de la recherche scientifique.
Le DrRoux balaie l'argument des initiateurs comptant sur la protection génétique pour bannir tout aliment génétiquement modifié. "Les aliments transgéniques seront à disposition, que l'initiative passe ou non", a-t-il déclaré avant de qualifier celle-ci d'"inadéquate".
VACCINS PROMETTEURS
Pour Claire-Anne Siegrist, le génie génétique n'est pas un luxueux instrument destiné au seul Nord. "Le génie génétique, selon elle, permet de produire des vaccins que l'on ne peut pas obtenir autrement." La DresseSiegrist a fait état de divers projets de vaccins. L'un d'eux, mis au point pour combattre l'hépatite B, ne coûterait qu'un dollar la dose et ne serait donc pas cher pour le Sud. De plus, un vaccin par voie orale contre le choléra -à base de bactéries transgéniques- serait testé au Vietnam. La lutte contre la malaria rencontrerait un succès prometteur dans un autre pays-test, la Gambie. "Est-ce que nous voulons nous priver de lutter contre ces maladies?" a demandé la pédiatre. Quant à Thierry Jaquier, père d'un hémophile, il espère beaucoup dans la thérapie génique pour guérir son enfant. Pour lui, le 7 juin sera "le jour le plus long".
Marc-Olivier Parlatano