SCIENCE
Après l'énergie nucléaire, les apprentis sorcier s'attaquent au génie génétique. L'argumentation des milieux économiques et scientifiques favorables au génie génétique nous rappelle les propos rassurants tenus il y a quelques années par les apôtres du nucléaire. Selon M.Boris Borcic1, la publicité en faveur de l'initiative pour la protection génétique "joue avec l'effroi". Un reproche que l'on peut également faire aux adversaires de cette initiative dont l'arme de prédilection consiste à nous dire: "Si vous nous empêchez de fabriquer vos aliments transgéniques, vous ne pourrez pas être soignés avec nos médicaments transgéniques". Et de brandir la menace des maladies qui sensibiliseront à coup sûr un public sommairement informé: Alzheimer, sclérose en plaques, cancer, sida, etc. Le vrai problème est finalement de savoir si cette peur est justifiée ou pas. C'est pourquoi il est intéressant d'examiner les raisons qui font que les partisans du génie génétique se fâchent tout rouge lorsqu'on se risque à faire quelques comparaisons entre gène et atome. Il faut bien reconnaître que l'on ne peut qu'être frappé par les similitudes entre ces deux exploits technologiques réalisés à cinquante années d'intervalle durant la seconde moitié du vingtième siècle. Deux découvertes dont la nature et l'homme porteront à jamais les meurtrissures qu'elles ont engendrées.
À L'AUBE DE L'ÈRE GÉNÉTIQUE
Qu'on le veuille ou non, nous nous trouvons à l'aube de l'ère génétique. Jeter un regard en arrière permet d'apprécier dans quelle mesure se sont réalisés les espoirs placés il y a cinquante ans dans l'ère atomique. Et d'en tirer la leçon qui s'impose. Voici ce qu'on pouvait lire dans Le Monde du 20 décembre 1945: "(...) Il est d'ailleurs impossible de prévoir, dès maintenant, tous les emplois bienfaisants de l'énergie atomique. Le biologiste britannique Julian Huxley proposait, l'autre jour, à New York, le bombardement de la banquise arctique. L'énorme quantité de chaleur dégagée fera fondre les glaces et le climat de tout l'hémisphère nord s'en trouvera adouci. Frédéric Joliot-Curie pense que d'autres bombes atomiques non moins pacifiques, pourraient être utilisées pour modifier les conditions météorologiques, pour créer des nuages, faire pleuvoir. Cela se traduirait par une amélioration du rendement agricole et du rendement hydroélectrique. Que le monde fasse confiance aux physiciens, l'ère atomique commence seulement. "Nous avons fait confiance aux physiciens. Et nous voilà bien avancés!
UNE ORIGINE COMMUNE: LE NOYAU
C'est en violant les ultimes secrets de la matière dans le noyau atomique que les scientifiques des années quarante ont réussi à libérer une énergie démentielle. Leur première idée fut d'en faire une bombe, qu'ils testèrent à Hiroshima avec le succès que l'on sait (322000victimes). Leur seconde idée fut d'essayer de domestiquer cette énergie soi-disant propre et inépuisable. Mais aujourd'hui encore, nous n'avons pas la moindre idée pour en éliminer les déchets qui empoisonneront la planète pendant des milliers d'années... Ni comment échapper aux envahissantes radiations qui, selon leur niveau, tuent à court ou à long terme. En toute discrétion. C'est en violant les ultimes secrets de la vie dans le noyau cellulaire que le génie génétique s'imagine "améliorer" la nature. L'idée étant surtout de lui faire produire toujours plus, toujours plus vite. Priorité au profit à court terme. Mais on n'a pas la moindre idée -et pour cause- du comportement de gènes jusqu'ici inconnus qui seront disséminés dans l'environnement. Ni des effets qu'aura sur notre santé une nourriture contenant des végétaux, des animaux ou des poissons génétiquement manipulés. Encore moins en ce qui concerne ses effets sur nos descendants...
D'ABORD SÉDUIRE L'OPINION
Après l'horreur d'Hiroshima et Nagasaki, l'image d'une énergie aussi dévastatrice se devait d'être revue pour être acceptée dans les foyers. On imagina donc un slogan: "l'atome pour la paix". Il fit merveille. C'était l'époque où l'on affichait "La femme suisse cuit à l'électricité". Le génie génétique n'a pas une image très positive. D'instinct, le public se méfie. A juste titre: les laboratoires des géants pharmaceutiques se sont illustrés par quelques bavures aussi tragiques que Tchernobyl chez les nucléocrates: Bhopal, Seveso. Notamment. Pour nous faire oublier tout ça, voici la potion magique
concoctée par les promoteurs de la manipulation: "Génie génétique -un don de la nature". Il faut oser! De toutes façons, ils sont gagnants: ce sont les mêmes qui vendent les remèdes pour soigner les maux qui résulteront sans doute de leurs manipulations.
DE FABULEUX MARCHÉS
Avec 437réacteurs nucléaires en activité dans le monde (1996), on imagine sans peine les sommes colossales qui sont en jeu. De la mine d'uranium aux usines de retraitement du combustible en passant par l'indissociable nucléaire militaire -la face obscure, entourée du secret le plus absolu- le nucléaire fait vivre beaucoup de monde. Le puissant lobby qui veille à ses intérêts, au mépris de toute considération démocratique, morale et sanitaire, impose toujours sa loi. Avec la complicité de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) inféodée à l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). Et avec la bénédiction de l'ONU dont ces organismes font partie. Si toutes les nations n'ont heureusement pas cédé aux chants des sirènes nucléaires, toutes, sans exception, constituent l'immense marché mondial convoité par les multinationales pharmaceutiques et agro-alimentaires. Un marché évalué à 150milliards de francs en l'an2000. De quoi justifier l'engagement de moyens extraordinaires -financiers et stratégiques- pour atteindre à tout prix d'ambitieux objectifs économiques. Quitte à prendre le risque de quelques bavures.
DÉSINFORMATION, MENSONGES ET ARROGANCE
Généticiens et nucléocrates bénéficient des mêmes facilités pour nous imposer des risques inconsidérés. Leur scénario se résume ainsi: -Les scientifiques de laboratoires disposent de confortables moyens pour mener à bien leurs travaux. Ils estiment qu'ils ne sont aucunement responsables de l'utilisation qui en sera faite. Ce n'est pas leur affaire. -C'est effectivement l'affaire de structures multinationales dont la seule préoccupation est de faire de l'argent. -Ces structures sont dotées des meilleurs spécialistes en communication afin de mettre en valeur les quelques aspects positifs et utiles de leurs recherches, tout en occultant les risques, les accidents et les dégâts imposés aux populations et à l'environnement. -Ces structures disposent de tous les moyens de pression pour diffuser une image séduisante et sécurisante des "progrès de la science" auprès des médias, des gouvernements, des universités, etc. Autant de relais actifs dans la désinformation du public. -Face à cette désinformation, les rares citoyens lucides et critiques, ainsi que quelques associations pleines de bonne volonté mais généralement désargentées, ont bien de la peine à faire le poids! -Avec le temps, néanmoins, la vérité fait son chemin. Les langues se délient. Des consciences s'éveillent. Témoignages, faits, documents révélateurs ouvrent des brèches dans le mur du silence et le secret défense. Mais entre-temps, le mal est fait. Un mal que la planète Terre et ses habitants devront supporter durant des centaines, des milliers d'années...
QUI SERONT LES COBAYES?
Voici ce que déclara le PrMerril Fisenbud devant une commission du Congrès américain, le 24 février 1994. Il tentait alors de légitimer les expériences sur la contamination radioactive volontaire menées dès 1956 sur les habitants des îles Marshall:"S'il est vrai que ces gens ne vivent pas, disons, comme nous les occidentaux, les gens civilisés, il n'en reste pas moins qu'ils sont plus proches de nous que ne le sont les souris." Edifiant. Nous ne saurons certainement jamais le nombre de cobayes sacrifiés au nom de la science nucléaire. En février 1995, un rapport du Département de l'Energie (USA) faisait état de 9000victimes répertoriées sur 154 expériences. C'est sans compter l'URSS, l'Angleterre, la France et... la Suisse. Car chez nous aussi les scientifiques ont fait joujou avec le nucléaire. Civil et militaire. On le sait, aujourd'hui: la centrale de Lucens était essentiellement destinée à fournir le plutonium nécessaire à la fabrication d'une bombe atomique helvétique! Avec quelques années de recul, tout cela paraît incroyable, aberrant. Inhumain. Si l'on n'y met pas de sérieux garde-fous, les fantasmes de nos apprentis sorciers en génie génétique risquent bien de conduire aux mêmes gâchis, aux mêmes tragédies. Celles que les Américains persistent à vouloir nous imposer au nom d'un soi-disant progrès auquel on ne saurait échapper. Comme ils veulent nous imposer leur boeuf aux hormones, leur soja, leur maïs et leur blé transgéniques, ou encore leurs bananes aux pesticides.En Suisse, nous avons encore le privilège d'avoir le choix politique. L'étranger aura les yeux fixés sur l'issue du scrutin. A chacun de prendre ses responsabilités. Les bourreaux et les rescapés de l'ère nucléaire invoquent, à leur décharge, l'ignorance. Nous n'aurons pas cette excuse.
Paul Bonny1
"Mon existence a été marquée par deux découvertes scientifiques funestes: la fission de l'atome et le décodage de la chimie génétique. Dans les deux cas, on a maltraité un élément central: le noyau atomique, d'une part et le noyau cellulaire d'autre part. Dans les deux cas, j'ai l'impression que la science a dépassé une limite qu'elle n 'aurait pas dû franchir."
Erwin Chargaff
Prof. Dr. phil. à l'Université de Bâle.
Prof. de biochimie.
Directeur de l'Institut de Biochimie de l'Université de Columbia.
Dr Honoris causa de Columbia. "National Medal of Science" en 1975 (la plus haute distinction aux USA)