PROCÈS
Le maïs transgénique au tribunal
Trois éleveurs français sont condamnés pour s'en être pris à du maïs transgénique. Ce devait être le procès de paysans français, coupables de quelques indélicatesses à l'égard de l'entreprise suisse Novartis. Ce fut tout autant, comme le souhaitaient les prévenus, celui du maïs transgénique. Mercredi dernier, le tribunal correctionnel d'Agen (Lot-et-Garonne, sud-ouest de la France) a condamné trois membres de la Confédération paysanne pour avoir saccagé un dépôt de maïs transgénique appartenant à la société Novartis.
René Riesel et José Bové ont écopé chacun de huit mois de prison avec sursis, Francis Roux de cinq mois avec sursis. Le tout assorti d'une somme de 500000 francs français (env. 125000 francs suisses) qu'ils devront payer à titre de provision à Novartis, en attendant l'expertise de préjudice, estimé par la firme helvétique à 1,5million de francs suisses.
L'affaire remonte au 8 janvier dernier. Ce jour-là, les trois syndicalistes agricoles pénètrent par effraction dans un bâtiment de Novartis situé dans le Lot-et-Garonne, où est entreposé la seule réserve de maïs transgénique en France. Les sacs de semences sont éventrés, puis arrosés à la lance à incendie de manière à les rendre impropres à la consommation.
Par ce geste, les paysans français entendaient protester contre la décision, prise en novembre dernier par le Gouvernement français (le premier en Europe à franchir ce pas), d'autoriser la mise en culture du maïs Bt de Novartis, modifié génétiquement. A noter pour la petite histoire qu'Alain Juppé avait, il y a tout juste une année, interdit la culture de cette céréale sur le territoire français. Contrairement au Gouvernement Jospin qui la estimée sans risque pour l'environnement et la santé.
SONDAGES RÉVÉLATEURS
Ce procès a suscité par mal de vagues en France, la presse régionale et nationale s'en faisant le relais. Le 3 février, une manifestation a été organisée devant le tribunal d'Agen pour soutenir les trois accusés. Manifestation soutenue par 292 organisations de 24 pays. Il est vrai, de nombreux sondages témoignent de l'inquiétude des consommateurs face à un produit dont les experts sont loin d'être unanimes à garantir l'innocuité pour la santé et l'environnement. Etaient également présents lors de cette journée de protestation, qui a rassemblé environ 1500 personnes, Fernand Cuche, de l'Union des producteurs suisses, Claude Julien, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomati
que, des membres d'un syndicat de paysans autrichiens, un représentant du WWF suisse, ainsi que des associations de chômeurs.
Derrière les portes du tribunal, pendant ce temps, les témoins se sont succédés à la barre pour se faire le relais des inquiétudes du public. Gilles-Eric Séralini, professeur à l'Université de Gand, a ainsi sermonné le Gouvernement français au nom du principe de prudence: "Pour l'amiante, le sang contaminé ou la vache folle, d'autres experts aussi avaient tiré la sonnette d'alarme sans être entendus." Le maïs Bt de Novartis contient notamment un gène toxique destiné à le prémunir contre la pyrale (principal insecte ravageur de la culture du maïs). La dissémination de cette toxine dans l'environnement pourrait, selon les craintes exprimées par les défenseurs de l'environnement, favoriser l'apparition d'insectes résistant et ainsi provoquer une dépendance accrue des paysans à l'égard des insecticides.
Quant aux accusés, ils se sont défendu en arguant de la "légitime défense du citoyen face à un risque majeur". A noter enfin que, dans un communiqué datant du 18 février, le WWF suisse a "déploré la condamnation des trois agriculteurs", tout en soulignant qu'un "large débat national et public sur les incidences de cette nouvelle technologie est la condition impérative de son utilisation éventuelle à grande échelle."
Jacques Erard