VOTATIONS DU 7 JUIN
La droite genevoise se penche sur le génie génétique
Les libéraux disent non à l'initiative sur le génie génétique. Le PDC s'est livré à un premier tour d'horizon.
Les initiants parlent de "manipulations génétiques". Les opposants à l'inscription dans la Constitution suisse d'un article visant à mieux cadrer cette nouvelle technologie préfèrent, quant à eux, le vocable de "génie génétique".
Le parti libéral a tenu jeudi soir une assemblée des délégués pour arrêter ses mots d'ordre sur ce sujet en vue des votations du 7juin prochain. Un débat joué d'avance, même si la direction du parti avait pris la peine d'inviter deux membres du comité d'initiative pour porter la contradiction: Mme Elisabetta Riatsch-Dami et M. Philippe de Rougemont.
Ces derniers ont donc rappelé ce qui sera interdit et ce qui sera permis. Ainsi, les manipulations génétiques sur les animaux seront proscrites. Ce qui ferme la porte aux xénogreffes (par exemple, greffe d'un organe de cochon -rendu compatible avec l'organisme grâce à une manipulation génétique- sur un humain). "C'est vrai que cela proscrira également l'utilisation de souris transgéniques [par exemples des souris porteuses du gène du cancer, ndlr.], a expliqué Mme Riatsch-Dami, "mais on constate que cela ne touchera que 2% de la recherche". De plus, a-t-elle ajoutée, cette souche de souris est utilisée depuis 1988 et n'a pas permis de percées notables".
Deuxième volet de l'initiative: il ne sera pas possible de disséminer des organismes génétiquement modifiés dans la nature comme, par exemple, cultiver du colza génétiquement modifié. Les recherches devront rester confinées dans les laboratoires. Enfin, ce texte bloque la possibilité de déposer des brevets sur le vivant.
En revanche, la production de médicaments tels que l'insuline, l'analyse de génomes ou les thérapies géniques sont autorisées.
LES CHERCHEURS AU FRONT
En face, Nicolas Von de Weid, vice-président du parti et médecin, a résolument plaidé -avec des arguments suffisamment techniques pour parvenir à faire fuir deux membres de son parti- contre cette initiative. Cette dernière restreint par trop la recherche dans des domaines cruciaux. "L'utilisation des souris transgéniques est essentielle dans la compréhension de certains mécanismes complexes", a-t-il notamment souligné. Pour lui, la recherche dans des domaines comme la lutte contre le cancer, le diabète, la maladie d'Alzheimer, le sida ou la sclérose en plaques serait freinée.
Il sera rejoint par Chantal Balet, secrétaire romande de la société pour le développement de l'économie suisse (SDES). Pour elle, même si l'utilisation d'animaux génétiquement modifiés ne concerne que 2% de la recherche, ce chiffre n'est pas pertinent en soi: "Ce qui compte, ce n'est pas l'ampleur des domaines explorés, mais les résultats obtenus". Bref, l'initiative va trop loin à ses yeux et le processus de réforme législatif institué par la motion dite Gen-Lex montre que cette nouvelle technologie est bien encadrée.
C'est donc à l'unanimité moins deux abstentions que l'assemblée libérale (une bonne cinquantaine de personnes) a décidé de combattre cette initiative.
REFUS PROBABLE DU PDC
Le même soir, le parti démocrate-chrétien a opéré un premier tour d'horizon sur ce sujet (il se prononcera en assemblée des délégués le 2avril). Reste que, s'il n'y a pas eu vote, il semble clair, selon la secrétaire générale du parti Mme Stéfanie Ruegsegger, que le PDC va, lui aussi, refuser -comme il l'a d'ailleurs fait au niveau national- cette initiative.
Philippe Bach