VOTATIONS DU 7 JUIN
Les opposants aux manipulations génétiques défendent leur initiative
Le comité genevois "oui à la protection génétique" s'est présenté hier à la presse. Il a défendu son initiative qui vise à interdire les aliments manipulés et l'agriculture transgénique.
Quel aliment dans votre assiette? Le Comité genevois "oui à la protection génétique" s'est présenté hier au cours d'une conférence de presse. But de ce regroupement: faire campagne en faveur de l'initiative "Pour la protection de la vie et de l'environnement contre les manipulations génétiques"(1). Celle-ci sera soumise aux Suisses le 7 juin.
De gros intérêts sont en jeu, relève Elisabetta Riasch Dami, pharmacienne, musicienne et co-présidente du comité genevois. Dans ce dernier, ont retrouve divers députés verts (le parti écologiste soutient formellement cette initiative). Les deux autres formations de gauche -les Socialistes et l'Alliance de gauche- n'ont pas encore pris position, même si plusieurs de leurs militants sont membres du comité. Les trois principales associations écologistes, Greenpeace-Genève, le WWF-Genève et Pro Natura Genève, se sont d'ores et déjà engagées dans cette bataille, dont elles étaient d'ailleurs co-iniatiatrices.
DES GROS SOUS
Face aux intérêts financiers -"on nous dit que le lobby agro-chimique va jeter 35 millions de francs dans cette campagne", souligne Bernard Walter, musicien et co-président du comité- les défenseurs de l'initiative tiennent à remettre la vie au centre des débats. Pour eux, on est en train de jouer avec le feu en utilisant une technologie non maîtrisée. "L'homme devient victime de son irrépressible besoin de savoir", déplore M.Walter. Et surtout, selon lui, on est arrivé dans l'ère de la valeur unique: "Le profit". Comme ce genre de technologies laisse entrevoir des gros profits, les multinationales s'y engouffrent.
Au-delà de l'aspect purement helvétique, les autres pays regardent avec intérêt ce qui se passe en Suisse. "On est un des rares pays à pouvoir se prononcer sur ce genre de sujet", relève M.Riatsch Dami. Le vote suisse ferait jurisprudence, en quelque sorte. "On est souvent surpris de voir à quel point le débat sur le génie génétique est intense dans les pays voisins", ajoute Philippe de Rougemont, permanent de Greenpeace. Pour lui, les multinationales intéressées par cet objet font tout pour bloquer le débat en Suisse avant la campagne (voir encadré). D'où son rappel: cette initiative ne vise pas à brider la médecine, comme l'affirment ses détracteurs, mais à interdire
les aliments génétiquement modifiés ainsi que l'agriculture transgénique.
Philippe Bach
(1) IPG en abrégé (Initiative pour la protection génétique).
LOTERIE GÉNÉTIQUE DÉNONCÉE
Greenpeace a distribué hier deux articles de presse retraçant une série d'échecs dans le domaine des manipulations génétiques. Une manière de casser le discours tour à tour lénifiant ou triomphaliste de l'industrie agro-alimentaire et chimique qui prétend parfaitement maîtriser ces techniques. De fait, il y a des couacs. Tout le problème consiste à évaluer leur portée.
Premier exemple cité par Greenpeace: la mise en production de coton génétiquement modifié par l'entreprise Monsanto pour résister à l'herbicide maison "roundup". 2,3% de la surface cultivée en coton a été ainsi perdue, les graines des plantes sont devenues difformes. Une perte pour certains cultivateurs évaluée à 1million de dollars par exploitation.
Second exemple cité par Greenpeace: des vaches ont été affouragées avec du soja transgénique. Ce dernier avait été manipulé pour résister, lui aussi, au "roundup". En l'occurrence, cela a eu pour effet d'accroître la teneur en graisse dans le lait des vaches. Ce qui n'était absolument pas prévu.
Autre exemple cité, celui de saumons que l'on a dotés de gènes de résistance au gel. Résultat: ils ont grandi dix fois plus vite que prévu.
Bref, le génie génétique n'est pas aussi précis qu'il le prétend. L'idée qu'un gène détermine une caractéristique est réductionniste, estime Greenpeace. La localisation d'un gène et son interaction avec d'autres gènes sont tout aussi importantes.
Dans le cas du coton cité ci-dessus, l'hypothèse avancée par l'association de défense de l'environnement est que les gènes de la plante se sont réorganisés différemment. En d'autres termes, on ne sait pas "où le nouveau gène s'est déplacé dans le génome ni comment il affectera la croissance de la plante". Un phénomène qualifié de "loterie génétique".
PBH