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Vendredi 30 Janvier 1998

MAÏS TRANSGÉNIQUE

Les autorités fédérales poursuivent leur politique du fait accompli

En autorisant l'importation du maïs transgénique "Bt176", les autorités fédérales n'ont tenu compte ni des actuelles controverses scientifiques, ni des processus démocratiques habituels.

La politique du fait accompli se poursuit en matière de produits transgéniques. En autorisant la commercialisation du maïs Bt176 de Novartis le 6 janvier, les autorités fédérales ont objectivement court-circuité le débat démocratique sur les limites que les citoyens et les parlementaires suisses entendent donner aux organismes, plantes et animaux transgéniques dans notre pays. En n'attendant pas le verdict des urnes sur l'initiative sur la protection génétique, et en n'attendant pas d'avoir comblé le plus rapidement possible les lacunes de la législation sur le génie génétique, comme le demandaient les deux Chambres fédérales dans une motion commune, les autorités fédérales ont délibérément voulu forcer la main à une population apparemment récalcitrante.

Il n'y avait pas le feu puisque la votation est prévue pour cette année, et qu'il aurait été aisé de l'avancer en cas de besoin. Il n'y avait pas le feu, puisque la Suisse couvre la majorité de ses besoins en maïs indigène, et qu'elle peut trouver sans aucun problème le reste en maïs normal. Il n'y avait même pas le risque de faire cavalier seul quelque temps, puisque plusieurs pays de l'UE ont annoncé leur refus de commercialiser le Bt176.

Les autorités fédérales et l'industrie chimique concernée ont pris le processus démocratique de vitesse. Nul doute qu'on entendra beaucoup en 1998 l'argument comme quoi il est trop tard et qu'on ne peut pas revenir en arrière. C'est peut-être bien joué au service des intérêts de l'industrie, mais cela dénote un mépris fort inquiétant du processus démocratique dans un débat dont personne ne conteste l'aspect fondamental.

COURT-CIRCUIT SCIENTIFIQUE

En autorisant la commercialisation du Bt176, les autorités fédérales ne pouvaient évidemment que tenir un discours rassurant et serein: aucun danger pour la santé humaine, aucun risque pour l'environnement, tous les experts consultés arrivant à la même conclusion. Mais tout n'est pas si simple. Le rapport Gen-lex du Département fédéral de l'économie publique, mis en circulation deux semaines à peine avant que l'autorisation soit délivrée à Novartis, et sans se référer au maïs, insiste sur le flou, l'incertitude et les approximations qui entourent l'évaluation des risques dans le domaine des manipulations génétiques non humaines. certains aspects de l'évaluation des risques sont contestés, certains risques ne peuvent pas être exclus, en particulier dans les conséquences à long terme, en dépit de recherches intensives, et le rapport va jusqu'à admettre: "Il est compréhensible qu'en fonction de l'état des connaissances, l'évaluation des risques reste (et restera) très controversée."

TROIS NOUVEAUX GÈNES

Le maïs transgénique autorisé se distingue par l'addition de trois gènes étrangers à la plante:

1.Le premier, provenant du Bacillus Thurigensis (Bt), permet à chaque cellule des plantes de maïs de produire une toxine létale pour la pyrale. Contrairement à ce qui a été avancé, la présence de ce gène soulève au moins deux controverses majeures, dont la première a été révélée quelques semaines avant l'autorisation délivrée par Berne:

Seule la pyrale était supposée passer de vie à trépas en ingurgitant du maïs transgénique. Or une étude réalisée par la Station fédérale de Reckenholz montre qu'en laboratoire, des insectes utiles peuvent également être tués, en particulier lorsqu'ils s'attaquent aux pyrales infectées de Bt.

La seconde controverse est de nature plus grave: les niveaux d'infestation des champs de maïs par la pyrale sont variables d'une région à l'autre. Et souvent les seuils de tolérance qui justifient une intervention ne sont pas dépassés. Le maïs Bt représente un gigantesque retour en arrière d'une vingtaine d'années au niveau de l'approche de la lutte contre les ravageurs: les champs de maïs Bt sont soumis de façon permanente et préventive à un traitement insecticide, indépendamment de la présence ou de l'absence d'une menace pour la culture.

Une telle approche ne peut aboutir qu'à une très forte pression de sélection de pyrales résistantes à plus ou moins long terme. Mais en plus, comme la pyrale est polyphage, certains n'excluent pas, notamment dans d'autres pays, qu'elle soit poussée à trouver des hôtes de substitutions.

2.Le second gène, provenant d'une autre bactérie, confère au maïs Novartis une résistance à un herbicide Novartis (glufosinate). La controverse est d'un autre ordre: La variété Bt détermine ainsi le seul herbicide avec lequel travailler, ce qui réduit d'autant le choix des utilisateurs et des méthodes de travail.

3.Le troisième est un gène identificateur, qui a la particularité d'être résistant à l'ampicilline, un antibiotique utilisé en médecine humaine. Selon les autorités fédérales, il ne présente absolument aucun risque pour la santé humaine, et même son transfert à d'autres bactéries, au demeurant jugé peu vraisemblable, dans l'organisme humain, n'aurait pas de conséquences pour la santé.

C'est si vrai que Novartis annonce au même moment qu'une deuxième génération de maïs Bt est déjà prête et qu'on lui en a retiré le gène de résistance à l'ampicilline. On se demande bien pourquoi? Apparemment, Novartis voit plus clair que les autorités fédérales sur les risques, et Bt176 n'aurait tout simplement pas dû être autorisé en Suisse.

Gérard Vuffray

Paru dans Union des producteurs suisses de janvier 1998

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