COMMENTAIRE
Patrice Mugny
Répétition(s) sans fin
Les citoyens qui s'intéressent à la vie politique et à leur avenir pourront certainement s'exprimer à propos du génie génétique dans les mois à venir. Ce débat sera vif et fortement inégal, tant il est prévisible que les milieux économiques intéressés à cette chose investiront des sommes considérables pour contrer l'initiative pour la protection génétique. Mais là n'est pas notre propos aujourd'hui. Nous aurons bien le temps de revenir sur ce scrutin.
Ce qui nous intéresse, c'est que le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz est déjà entré en guerre contre cette initiative, déclarant que son acceptation aurait des conséquences graves sur la recherche, l'économie et les emplois en Suisse.
Il y a quelque chose de terrible à cette répétition sans fin d'un discours dont les liens avec la réalité sont de plus en plus inexistants.
Oser faire croire que la décision des citoyens concernant le génie génétique aura un impact décisif sur l'emploi est un mensonge pitoyable. Le seul élément qui influe sur l'emploi est le profit. Supposons que cette initiative soit rejetée. En quoi cela empêchera-t-il Novartis, qui vient de supprimer 10^000 postes de travail, d'en détruire encore plusieurs milliers et de déplacer tout son secteur de recherche dans un autre pays si les actionnaires y trouvent leur compte? Les industries et sociétés sises en Suisse ne se sentent pour la plupart aucune responsabilité sociale vis à vis de du pays et de ses habitants. On nous avait servi la même chose lors du vote sur le secret bancaire puis sur la réduction du droit de timbre qui permis aux banques d'économiser des milliards sur le dos de la collectivité publique. Les banques en ont-elles manifesté depuis lors une certaine reconnaissance à la population? Oui, en licenciant leurs employés par paquets de mille.
Ensuite, on ne cesse de nous parler de recherche. Bien sûr qu'il est souhaitable de trouver des remèdes aux maladies. Mais il y a dans ce genre d'argument un cynisme qui n'est pas perçu par tous ceux qui en usent. Il n'est pas inutile de se souvenir de deux choses. Premièrement, les recherches qui n'ont pas pour but ultime de rapporter des dividendes sérieux sont de plus en plus rares. Ce sont essentiellement les maladies des populations les mieux loties, celles qui peuvent payer les médicaments, qui sont considérées par les programmes de recherches. Ce qui donne déjà une coloration moins morale à cet argument. Enfin, et sans nier en rien la souffrance des malades, il est extraordinaire d'entendre les mêmes qui défendent une politique dominante qui produit une misère monstrueuse se targuer de beaux argument pour justifier le génie génétique.
La question de la sécurité en matière génétique est sérieuse et mérite un vrai débat. Mais il est indécent d'entendre les valets d'une économie meurtrière en appeler à la responsabilité des citoyens.