Les rêves deviendront-ils réalité et, si oui, quand?
Le génie génétique a un passé tout récent et pourtant on lui promet déjà un avenir doré. Si l'on laisse de côté les polémiques créées par les manipulations génétiques au sujet de l'éthique, de la sécurité de ces manipulations et de la prévisibilité de leurs conséquences, on voit mal ce qui pourrait entraver la progression de cette technique bienfaitrice qui n'a d'autre but que l'amélioration de la vie des hommes. Mais on est en droit de se demander si le génie génétique n'est vraiment qu'un "bon génie" et si cette fée technologique tiendra ses promesses.
Car on compte beaucoup sur le génie génétique aujourd'hui; c'est lui qui doit nous fournir le vaccin contre le sida et la guérison du cancer; c'est aussi dans nos gènes que les chercheurs essayent de trouver le moyen de reporter notre décès; c'est finalement l'agriculture transgénique qui rassasiera les populations sous-alimentées. Grâce à lui, tous les hommes vivront plus longtemps, et mieux. C'est du moins ce que l'on espère: personne ne sait encore quand ces rêves deviendront réalité, ni si ils le deviendront un jour. Pour l'instant, la recherche avance à grands pas, et tout laisse à penser que ce jour finira bien par arriver.
DOUBLE ENJEU
Mais cette recherche même, celle qui va changer le monde, nous montre une autre facette de ce "bon génie". Des sommes colossales d'argent sont injectées chaque année dans la recherche, et les laboratoires se livrent à une véritable guerre, sous la forme d'une course aux brevets, au nom de cette recherche, et pas seulement par humanisme et par charité. Car l'enjeu est double.
Certes, il s'agit de faire vite, de trouver le plus rapidement possible un remède à ces maux. Il en va du sort de l'humanité. Il y a des gens pour qui la vie humaine n'a pas de prix. Mais d'un autre côté, le malheur des uns fait le bonheur des autres: tous ces fléaux sont d'immenses mines d'or, qui attendent d'être exploitées. A celui qui le premier aura trouvé un vaccin efficace contre le sida, par exemple, reviendra le brevet de celui-ci et, par conséquent, le droit de l'exploiter. Il est aisé de s'imaginer la suite: des millions de personnes, voire même quelques milliards, seront prêtes à payer le prix de ce vaccin, le prix fort s'il le faut, pour se protéger de cette insidieuse maladie. Même avec une marge de bénéfices minime, le laboratoire qui produira le vaccin accumulera un bénéfice astronomique, et cela en même temps qu'il passera pour le "sauveur de l'humanité".
Le même phénomène peut se produire avec les aliments transgéniques: si l'on mettait au point une variété d'un aliment de base -comme le riz, le soja ou le maïs- qui soit à la fois résistante aux maladies, productive, de haute valeur nutritive et peu coûteuse, nul doute que les variétés traditionnelles seraient alors abandonnées au profit de celle-là; et si de plus il s'avérait que cette "céréale miracle" était stérile, alors la production mondiale deviendrait dépendante du laboratoire producteur de cette nouvelle espèce.
Bien sûr, l'avenir du génie génétique n'est pas d'ores et déjà arrêté: il en adviendra de lui ce que les hommes auront choisi pour lui. La balle est dans le camp des industriels et des chercheurs. A nous tous cependant de veiller à ce que l'aspect économique ne prenne pas le dessus sur l'aspect humain, et que des gens avides ne transforment pas une source de bienfaits en une source de revenus.
Tiago Bertolote,
collégien