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Samedi 26 Juillet 1997

MANUEL GRANDJEAN

Quand la science montre patte blanche

Elle s'appelle Polly et représenterait, à en croire les dépêches qui ont annoncé jeudi sa naissance, un formidable espoir pour l'humanité.

Cet être salvateur est la première agnelle clonée porteuse de gènes humains, "mise au point" par l'équipe de savants britanniques qui avaient déjà conçu Dolly, première brebis clonée. "Cette découverte signifie que les scientifiques pourraient créer des troupeaux entiers de moutons identiques qui produiraient des protéines humaines ou des produits sanguins destinés à la médecine humaine. Polly et quatre "sœurs" identiques sont donc les premiers animaux transgéniques clonés à but humanitaire>, peut-on lire dans la dépêche de l'ATS.

Notre intention n'est pas de condamner les progrès de la science, ni même de nier les potentialités thérapeutiques des recherches en génie génétique, mais simplement de relativiser les espoirs que peuvent susciter ces développements. L'époque où l'on pouvait raisonnablement penser que les progrès technologiques apporteraient le bien-être à l'ensemble de l'humanité s'estompe dans les brumes de l'Histoire. Même si, dans l'exaltation provoquée par des "avancées majeures" telles que les pérégrinations martiennes d'une voiture téléguidée ou la naissance d'une agnelle clonée "à but humanitaire", on aurait en effet un peu tendance à l'oublier.

On sait maintenant que les moyens et les connaissances ne manquent pas pour sortir de la misère la très grande part de l'humanité qui ne dispose pas du minimum vital. Ce qui fait défaut, c'est le progrès de la conscience humaine, évoluant bien moins rapidement que la technologie.

Comment juger, par exemple, les sommes investies pour l'exploration spatiale en regard des besoins qu'elles contribueraient à satisfaire sur Terre? Que penser des efforts déployés pour la recherche médicale de pointe alors que tout individu n'a pas accès aux soins déjà disponibles?

A notre stade de développement humain, le moteur de l'avancée technologique n'est jamais philanthropique. Il est, au mieux, commercial -la société PPL Thérapeutics qui a la tâche d'exploiter sur le marché les découvertes des "créateurs" de Polly ne cache pas sa satisfaction- et, au pis, militaire. Si les brebis s'"humanisent", les hommes

restent des loups. Une évidence, certes, dont le rappel n'est peut-être pas inutile.

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