INVITÉ
De l'atome au génie génétique, les désastres écologiques se profilent
Nous reproduisons un article de Philippe Progin paru dans le journal de l'association antinucléaire ContrAtom. Entre manipulations génétiques et nucléaire, le lien se nomme "danger".
Que vient faire le génie génétique dans le journal d'une association antinucléaire comme ContrAtom? Rien d'autre qu'annoncer un nouveau désastre écologique si les scientifiques continuent dans cette direction. Encore pire que le nucléaire? Oui et non. En tous cas, il faut savoir car les animaux issus du génie génétique sont des êtres vivants qui peuvent se développer et se multiplier sans contrôle.
Ils pourront ainsi modifier une grande partie des structures de l'environnement sans que l'on puisse y faire grand chose, et cela même plusieurs dizaines d'années après leur dissémination dans l'environnement. Les scientifiques répondent exactement la même chose aux opposants du génie génétique qu'aux opposants du nucléaire: "Tout est sous contrôle... Il ne peut rien se passer ou presque... Une chance sur un million..." Alors que l'on ne sait encore presque rien des effets de l'introduction d'une nouvelle protéine dans le corps humain.
CAS D'ESPÈCES
Depuis 1973, des expériences en génie génétique sont en cours. Très tôt déjà, on a mis en doute les buts et le profit de ces nouvelles technologies tout en craignant les risques encourus. Ces incertitudes se sont amplifiées de jour en jour.
Le génie génétique s'occupe des interventions sur la matière première de la vie et de l'information héréditaire. Par les manipulations génétiques, l'homme dispose, pour la première fois dans l'histoire, d'un instrument qui lui permet de créer de la vie artificiellement.
Les valeurs de référence du génie génétique sont intimement liées à la faisabilité technique. Les facteurs les plus déterminants du progrès en génie génétique sont la curiosité scientifique, la revendication du droit à la création et le profit économique. L'homme s'autorise de plus en plus à considérer son entourage comme une grande masse manipulable ayant besoin d'être améliorée et c'est là que réside un grand danger.
Le génie génétique comme science très jeune, enfreint négligemment, mais à pas de géant, toutes les lois de l'évolution. Il ne cesse de construire de nouveaux systèmes avec lesquels la nature n'a jamais été confrontée.
Une comparaison entre le génie génétique et l'élevage, la culture ou la biotechnologie classique n'est qu'un leurre. Le génie génétique ouvre une toute nouvelle dimension: celle d'une <nature> engendrée par la technique qui dépasse la limite des espèces. Une nouvelle époque biologique débute, qu'aucun alphabet connu jusqu'ici ne peut décrypter.
INITIATIVES FÉDÉRALES
De bonnes raisons pour que la population veuille participer aux discussions et aux prises de décision dans ce débat.
L'initiative populaire fédérale pour la "Protection de la vie de son environnement contre les manipulations génétiques" a été déposée par le SAG (Groupe suisse de travail sur le génie génétique) le 25 octobre 1993 avec 115^000 signatures. Plus de soixante associations ont pris part à la collecte de paraphes. La population suisse aura donc le droit de décider de la portée du génie génétique.
L'initiative "Pour la protection génétique" interdit les brevets sur les animaux et les plantes, la dissémination d'organismes génétiquement modifiés dans la nature et la production d'animaux transgéniques. La recherche fondamentale et l'industrie des produits pharmaceutiques et d'autres substances n'est pas mise en cause, car elle est soumise à une loi sévère.
Il est temps de s'informer car dans les hautes sphères de l'alimentaire, les choses sont claires. Monsieur Helmut Maucher, directeur général de Nestlé, déclarait récemment: "Nous voulons commercialiser les premiers produits génétiquement manipulés aussi rapidement que possible. Nous refusons une labélisation complète." A bon entendeur..
PHILIPPE PROGIN
Paru dans le journal de ContrAtom de juin 1997
Les récents succès des chercheurs ont relancé le débat sur la dissémination d'êtres transgéniques dans la nature. AFP/EPA