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Lundi 7 Avril 1997

ÉCLAIRAGE

Deux conceptions

Au cour des débats que l'initiative "Pour la protection génétique" suscite, deux interprétations radicalement contradictoires émergent concernant la façon dont elle pourrait affecter la recherche médicale et la médecine elle-même. Tandis que ses promoteurs estiment qu'elle ne vise pas ces deux pratiques, ses opposants rétorquent au contraire que c'est de plein fouet qu'elle les frappe toutes les deux...

Le professeur Denis Monard, par exemple, président du conseil scientifique de la "Fondation Suisse de recherche sur les maladies musculaires", écrit que son acceptation "anéantirait pratiquement tous nos efforts pour faire progresser la recherche pour le bien des malades atteints de maladies musculaires".

A première vue, il paraît difficile de contester ce jugement. Mais la question n'est pas si simple. Car, en deça des arguments qu'avancent les deux camps opposés, gisent deux conceptions différentes de l'homme et de la vie animale ou végétale.

En s'exprimant comme ils le font, Denis Morard, Axel Khan et leurs confrères expriment leur foi dans les applications éventuelles auxquelles mèneront les travaux en cours en génétique. Les initiants, en revanche, sont dubitatifs. Ils estiment souvent que le point de vue génétique relève d'une vision déterministe simpliste de l'homme et du vivant. Selon eux, si la médecine traditionnelle se heurte à tant de difficultés techniques, c'est en partie parce qu'elle considère trop l'homme comme une machine dont l'élément constitutif pertinent est la molécule. Ils souhaitent infléchir cette tendance et privilégier l'être humain considéré comme un tout, de surcroît pas équivalent aux autres organismes vivants. Cela explique aussi pourquoi, dans le même élan, ils considèrent le modèle animal peu fiable pour la médecine. Car s'il y a bien universalité du vivant au niveau moléculaire -notamment au niveau du matériel génétique et de ses modalités d'expression- cela est moins vrai au niveau de l'organisme entier. Loin de nier la grande pertinence du niveau moléculaire, il s'agit pour eux de ne pas pour autant lui accorder la priorité quasi systématique qui est la sienne à l'heure actuelle. Cet angle est certes discutable mais, selon lui, il apparaît que l'initiative ne vise pas, en effet, le "coeur" de la recherche biomédicale.

Ainsi, par-delà les légitimes et passionnantes discussions autour des potentialités positives et négatives liées aux transferts de gènes entre les différentes espèces animales et végétales, ce sont donc des systèmes de valeurs différents, eux-mêmes reposant sur des visions différentes du monde, qui poussent ou freinent l'envie de modifier le matériel génétique des souris, des rats et des porcs.

Jacques Mirenowicz

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