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A propos de La "journée sans voiture" du 22 septembre 2000 Soyons vélosophes Aujourd'hui, journée banale parmi tant d'autres, j'ai eu peur sur mon vélo alors qu'une automobiliste tenait absolument à me dépasser au milieu d'une présélection, me gratifiant encore d'un doigt brandi alors que j'ahanais un "oooh, mais on se calme ! relax !". Evidemment, au feu suivant, je démarrais quand même avant elle Tous les cyclistes urbains connaissent régulièrement ce genre de frayeur ou d'agression, et les subissent avec plus ou moins de stoïcisme mais quel bonheur ce serait ! quel pied on prendrait si un jour on pouvait rouler toute la journée peinard sans voitures ni motos ! Rien à dire, sur mon petit vélo je n'aime pas risquer ma vie et si on pouvait éliminer mes prédateurs de ferraille, je serais pour. A fond les pédales ! Alors quand on me parle d'une journée sans voiture, immédiatement mon esprit s'éveille ! Je crois qu'enfin une partie - c'est mieux que rien - de mes rêves s'exauce ! Le vendredi 22 septembre a justement lieu une désormais classique - c'est la 2ème fois à Genève - "journée sans voiture". Le premier réflexe cycliste est donc d'accueillir cette nouvelle avec joie ! Enfin de la place ! Enfin pouvoir rouler une journée entière sans stress ! Malheureusement pour moi - pour nous ? - cette journée sans voiture est une journée symbolique, de "sensibilisation" qui essaye de montrer que "c'est possible", qu'il n'y a pas que les demeurés, les exclus et les extra-terrestres qui se déplacent sans voiture. Montrer, suggérer, pas contraindre ni obliger. Il y aura donc un périmètre au centre-ville - plus important que l'année passée - dans lequel la circulation automobile sera très fortement limité. Quelques communes genevoises ou françaises feront de même, à leur échelle. Mais ailleurs, presque partout en fait, ce sera comme d'habitude. Or l'habitude, le quotidien, pour le cycliste, c'est assez pénible! Oh, certes, nous nous sommes en grande partie "habitués" à ça, nous trouvons "normal" un nombre incroyable de situations dans lesquelles nous ne sommes pas respectés, ou, plus grave encore, nous sommes mis en danger . Des bandes cyclables systématiquement squattées par les voitures - y compris dans des contresens - aux scooters qui nous dépassent indifféremment par la gauche ou la droite, des automobilistes et motards qui ne respectent ni les limitations de vitesse, ni les feux ("il devient rouge, vite ! j'accélère !") à l'indifférence de la police (j'ai par exemple essayé à plusieurs reprises de téléphoner à la police le soir pour signaler les voitures qui occupaient l'intégralité de la bande cyclable - à contresens - à la rue de la Coulouvrenière : j'ai obtenu à plusieurs reprises des réponses laconiques, du genre "oui, oui on va transmettre à la patrouille mais on a pas que ça à faire", avant d'avoir une fois une réponse plus précise : "Ah mais pour ça il faut voir avec le poste de Plainpalais" Et à Plainpalais, l'agent m'a répondu : "Ha oui alors on va venir mettre des amendes Comment ? Faire enlever les voitures ? Ha mais c'est embêtant, ça prend trop de temps par voiture et à partir de minuit, je n'ai plus personne"), du Conseil d'Etat et des TPG qui se moquent de nous (Notre pétition demandant une "meilleure complémentarité entre les TPG et les cyclistes", signée par plus de 1'000 personnes, est adoptée par le Grand Conseil et renvoyée au Conseil d'Etat, la seule chose que nous avons obtenue à ce jour est une facture des TPG pour la journée du vélo !) à la Tribune de Genève qui publie un commentaire d'un certain R.R. (Ronald Reagan ? Rédacteur Ringard ?) fustigeant spécifiquement les cyclistes irrespectueux des lois (comme si les cyclistes n'étaient pas comme les automobilistes, à l'image de la société dans son ensemble, avec autant de sens de la collectivité, de respect des autres, de tolérance que n'importe quel sous-groupe de la population), en faisant comme si - grande différence ! - la voiture ne tuait pas des centaines ou des milliers de personnes par an (on tue plus facilement à 60 ou 100km/h qu'à 10km/h Et si l'on appliquait le fameux "principe de précaution" à l'automobile, on pourrait l'interdire dès aujourd'hui comme le Concorde !), principalement en raison de l'attitude irresponsable des automobilistes, bref, en raison de tout cela, la vie quotidienne des cyclistes n'est pas vraiment drôle. Bien entendu, ces désagréments sont en grande partie compensés par le plaisir énorme que procure le déplacement à vélo, cette sensation de liberté, de contact avec notre environnement d'ailleurs, sans ce plaisir, nous aurions peut-être déjà renoncé Alors nous, comme cyclistes, devons-nous soutenir une manifestation telle que la "journée sans voiture", qui d'une part n'est pas totalement sans voiture et fait plus dans le "marketing" que dans le concret, et qui d'autre part essaye quand même de "faire quelque chose", de sortir de la fatalité du "tout vroum-vroum" ? La question est ouverte
C'est pourquoi l'Aspic vous propose de participer à la journée en question, mais à notre façon : nous organisons une performance - sympathique - sur le thème du "Bike Power", qui aura donc lieu le 22 septembre entre 12h et 14h sur le Pont des Bergues. Nous vous demandons de venir avec une affiche (la plus grande possible, la plus simple ou la plus décorée, selon vos disponibilités !) clamant haut et fort que "tous les jours et toute l'année, vous utilisez le vélo pour aller - par exemple - de votre domicile à votre travail" (En indiquant les lieux et même si vous la connaissez, la distance; mais les variantes sont les bienvenues !). Et si vous ne pouvez pas venir nous retrouver, nous vous proposons d'afficher à l'arrière de votre vélo une pancarte du même genre. Histoire de montrer que - en exagérant à peine - pour nous, la journée sans voitures, c'est tous les jours et toute l'année ! Roger Deneys, Président de l'ASPIC |