| Depuis le début de l’été, les amateurs de la petite reine se plaignent d’être harcelés par les agents municipaux.Mis à l’amende, ils s’insurgent et revendiquent le droit d’emprunter les trottoirs pour leur sécurité. |
"Mardi vers 15h30 deux agents m’ont interpellé sur le quai Wilson (....) Interdire les quais aux vélos revient à interdire le vélo car l’absence de piste cyclable rend la route beaucoup trop dangereuse". "A la sortie du parc Mon-Repos, une patrouille m’a arrêté (...) Pour ma propre sécurité, et sans mettre en péril celle des piétons, je continuerai à emprunter les parcs pour me rendre à mon travail".
Des lettres de ce type, l’Association pour les intérêts des cyclistes (Aspic) en a reçu des dizaines depuis le début de l’été. Sans compter les coups de téléphone répétés. Les utilisateurs de petite reine, amateurs de trottoirs et autres zones réservées aux bipèdes fulminent. Ils sont désormais dûment verbalisés lorsqu’ils sont pris sur le fait. Les agents municipaux de la Ville ne leur font plus de cadeaux. Les piétons inquiets qui réclament depuis des mois que les "fous du guidon" soient sanctionnés, devraient être un peu soulagés. Pourtant, les cyclistes estiment qu’on se trompe de cible. Pour Chantal Boisset, la présidente de l’Aspic, la Ville déraille sur le sujet. "Les gens interpellés ne sont pas des kamikazes", s’offusque-t-elle, après avoir tiré la synthèse des témoignages recueillis. "Il s’agit de pendulaires ou de parents avec leurs bambins qui roulent tous très prudemment".
Attitude injuste L’attitude des agents municipaux est d’autant plus injuste, estiment les défenseurs du vélo, qu’il s’agit d’une question de sécurité. "Les cyclistes n’empruntent pas les trottoirs dans le but de gagner du temps, mais bien parce que les aménagements manquent cruellement en certains endroits du centre-ville", souligne Chantal Boisset. Parmi eux: le quai et le pont du Mont-Blanc notamment.
L’affaire qui agite beaucoup les cyclistes genevois a été portée dernièrement devant le Conseil municipal. L’élu socialiste Roger Deneys et membre du comité de l’Aspic a demandé au Conseil administratif de s’expliquer sur cette "virulente campagne d’amendes". "Un de mes propres collaborateurs a été sanctionné alors qu’il traversait le marché de la rue Liotard pour venir travailler", raconte Roger Deneys qui fustige l’incohérence de la Ville en matière de vélo. Une incohérence qui conduit Chantal Boisset à parler de "schizophrénie municipale": "Cette attitude répressive a commencé le 11 mai dernier, soit trois jours après la grande opération de promotion du vélo, baptisée "Vélo-love", dont la Ville est l’une des organisatrices", rappelle la présidente de l’Aspic.
La conseillère administrative socialiste Jacqueline Burnand aurait d’ailleurs écrit à ce sujet à son collègue d’Exécutif André Hediger, responsable du Département municipal des sports et la sécurité. Car celle qui encourage depuis plusieurs années l’utilisation du vélo en Ville se retrouve du coup en porte-à-faux par rapport aux cyclistes. Empruntée, Jacqueline Burnand ne souhaite cependant pas polémiquer. "Tout cela relève de la cuisine interne", explique la socialiste. Avant de clore la discussion, en indiquant "qu’il convient de respecter la loi".
C’est précisément sur cette dernière qu’André Hediger se base pour justifier son action. Dans sa réponse à Roger Deneys, le maire de Genève rappelle la loi sur la circulation routière: "Le trottoir est réservé aux piétons". En conséquence de quoi, les "amendes sont infligées à bon escient" par les agents de ville, rétorque André Hediger. Même s’il se défend d’avoir reçu des consignes particulières, le chef de la police municipale, Dominique Clavien admet que ses troupes se sont montrées "moins laxistes" depuis le début de l’été. Impossible malheureusement de connaître le nombre exact des amendes infligées aux cyclistes. "Mais il serait faux de croire que notre attitude n’a été que répressive", insiste Dominique Clavien. "Nous avons fait également de la sensibilisation, en distribuant des cartes d’itinéraires cyclistes".
Remonté, Roger Deneys a fait d’ores et déjà savoir qu’il n’était pas "du tout satisfait" par la réponse d’André Hediger. La question devrait donc être discutée aujourd’hui ou demain au Municipal de la Ville. Le socialiste souhaite notamment avoir des garanties sur la construction d’un aménagement cyclable au quai du Mont-Blanc.
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